On dit souvent que la France imite les États-Unis, pour le meilleur et pour le pire, avec dix ans de retard ! Pour une fois, essayons de faire mieux en prenant six mois d’avance, soit le temps qui nous sépare de notre prochaine élection présidentielle.
Alain Barbanel, journaliste
« Si parfois, au cours de ces deux dernières années, au milieu de ce déferlement incessant de brutalité et d’indécence, vous avez douté de la capacité de notre démocratie à survivre, que cela vous redonne du courage : les premières lueurs de l’aube pointent à l’horizon », a déclaré le démocrate Jon Ossof, vedette des midterms, réélu largement dans la sénatoriale en Géorgie. En guerre contre la corruption et l’affairisme mis en place par Donald Trump et son entourage, il devrait s’imposer aux primaires démocrates en vue de l’élection présidentielle de 2028. La cuisante défaite de la sphère Maga est une sanction et un coup d’arrêt aux dérives brutales et totalitaires de Donald Trump et de son administration. Même si ce dernier minimisant sa défaite évoque à l’issue du scrutin un « moment passager dont je ne dois pas me sentir coupable ». Et pourtant cette défaite est bien la sienne.
La valeur universelle des résultats
Comparaison n’est pas raison, mais force est de constater beaucoup de similitudes entre la France et les États-Unis sur le terrain du populisme de droite et de gauche. En perdant le contrôle des deux chambres au profit des démocrates, le président américain reçoit un avertissement politique majeur qui devrait servir de leçons à nos prétendants à l’Élysée. Les électeurs lui signifient que surfer sur les colères populaires pour emporter des élections peut s’avérer utile comme calcul électoral mais pas suffisant pour se maintenir au pouvoir. Cette stratégie court-termiste et opportuniste ne constitue jamais un blanc-seing qui dispense à un moment donné de rendre des comptes à la nation. Les résultats des midterms ont valeur universelle : si le populisme prospère sur les frustrations de toutes natures et les aigreurs recuites, il finit toujours par se fracasser à l’épreuve du réel. Donald Trump avait promis la lune, une Amérique « grande et éternelle à jamais », ses électeurs ont récolté une maigre moisson et ont la gueule de bois. Un pouvoir d’achat en berne, une inflation galopante, des choix géopolitiques improbables sans réel objectifs ni but de guerre, n’ont eu de cesse de nourrir le mécontentement et le sentiment de désenchantement.
Si le populisme prospère sur les frustrations de toutes natures et les aigreurs recuites, il finit toujours par se fracasser à l’épreuve du réel. »
Toujours les mêmes recettes
À trop vouloir personnaliser le pouvoir dans l’outrance, l’excès, brutalisant le débat politique en désignant des coupables et des complots, voire provoquer des procès en sorcellerie contre l’opinion et les médias qui ne sont pas d’accord avec lui, il a fini, à l’insu de son plein gré, à renforcer la démocratie et son meilleur atout : le vote. C’est un paradoxe : les dirigeants autoritaires n’ont de cesse de vouloir détruire la démocratie tout en se tirant une balle dans le pied pour finalement la faire renaitre. Certes, les pays sont différents, mais les États-Unis et la France restent de grandes démocraties, perfectibles certes, et fragiles car convoitées par des idéologies qui agitent les peurs plutôt qu’elles ne les apaisent, en s’employant à proposer des réponses simples à des questions complexes. Les extrêmes utilisent toujours les mêmes recettes : des solutions de rupture portées par une personnalité caricaturale, un rejet des élites jugées illégitimes et du système soi-disant corrompu, un peuple supposé homogène, et une vision de la société qui se résume dans un affrontement permanent entre les bons et les méchants.
Au-delà de la colère…
Mais une démocratie ne se résume pas à deux systèmes de rupture, à deux colères entre deux camps, arc-boutés sur leurs radicalités, à droite comme à gauche. Les électeurs peuvent être dupes. Mais pas ad aeternam. Ils attendent des résultats qui correspondent aussi à leurs angoisses du quotidien : leur pouvoir d’achat, la sécurité, l’emploi, l’éducation, la santé, leur retraite… Et la pilule est toujours dure à avaler quand ces promesses ne sont pas tenues et qu’elles se heurtent aux contraintes économiques, budgétaires ou géopolitiques. Les promesses de campagne offrent généralement des lendemains qui déchantent.
La France partage avec les États-Unis, mais aussi avec d’autres démocraties occidentales confrontées au populisme, une crise de confiance aiguë avec ses propres institutions, attisée par des guerres menaçantes à nos portes, une situation économique difficile et en transition avec l’IA, et une violence intérieure anxiogène. L’Histoire peut parfois bégayer sans se répéter ad nauseam. Souhaitons que la campagne présidentielle qui s’engage en France tire les enseignements du suffrage américain. En 2027, toute la question est de savoir non pas quelle colère l’emportera, mais quelle idée de la démocratie finalement nous souhaitons voir lui survivre…















