LEDDV.FR - Revue universaliste
Aucun résultat
Voir tous les résultats
  • Se connecter
  • S'enregistrer
  • Actualité
  • Analyse
  • Éducation
  • Culture
    • Lecture
  • Opinion
    • Tout
    • Chronique
    • Éditorial
    • Tribune
    Mobilisations lycéennes, Paris, le 13 octobre 2026 (Crédit : Hans Lucas / AFP)

    L’école, de l’ « asile inviolable » à la banalisation de la violence

    Photographie Florian Yvinec / Unsplash

    L’antisémitisme passé sous silence

    Les apprentis sorciers du progrès

    Le Monument national de l’Holocauste, à Ottawa (Canada), vandalisé en juin 2025. « Feed me » est inscrit ici en référence à la situation alimentaire à Gaza (DR)

    Quand travailler sur la Shoah expose : savoir, identité et menaces dans un contexte de guerre

    • Éditorial
  • Histoire
  • À propos
>> Je m'abonne au DDV !
LEDDV.FR - Revue universaliste
  • Actualité
  • Analyse
  • Éducation
  • Culture
    • Lecture
  • Opinion
    • Tout
    • Chronique
    • Éditorial
    • Tribune
    Mobilisations lycéennes, Paris, le 13 octobre 2026 (Crédit : Hans Lucas / AFP)

    L’école, de l’ « asile inviolable » à la banalisation de la violence

    Photographie Florian Yvinec / Unsplash

    L’antisémitisme passé sous silence

    Les apprentis sorciers du progrès

    Le Monument national de l’Holocauste, à Ottawa (Canada), vandalisé en juin 2025. « Feed me » est inscrit ici en référence à la situation alimentaire à Gaza (DR)

    Quand travailler sur la Shoah expose : savoir, identité et menaces dans un contexte de guerre

    • Éditorial
  • Histoire
  • À propos
>> Je m'abonne au DDV !
LEDDV.FR - Revue universaliste
Aucun résultat
Voir tous les résultats
Accueil Enquête

Laïcité : Mélenchon a les cartes en main pour gagner la bataille de demain

Le DDV Par Le DDV
17 octobre 2026
dans Enquête
Temps de lecture : 20 min
A A
0
Partager sur FacebookPartager sur Twitter

À l’approche de la présidentielle, le fait religieux s’impose comme un champ de bataille politique, où le Rassemblement national et La France Insoumise rivalisent de prises de position sur l’islam, le voile et la laïcité. Mais les Français suivent-ils leurs candidats ? Pour le mesurer, Marianne et l’Ifop ont réalisé une enquête inédite auprès de près de 10 000 personnes. Ses résultats dessinent une opinion majoritairement attachée à une laïcité restrictive, mais traversée de fractures générationnelles et de contradictions électorales qui mettent à l’épreuve les stratégies des états-majors.

Cette étude étude Ifop pour Marianne a été réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 25 au 30 septembre 2026 auprès d’un échantillon de 9 689 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. François Kraus, directeur du pôle Politique / Actualités à l’Ifop, analyse dans l’article ci-dessous les résultats de cette enquête.

Le voile dans la rue : un soutien en hausse, porté par la jeunesse et l’électorat mélenchonien

Le rejet du port du voile dans la rue est toujours majoritaire dans l’opinion (53% en 2026), mais il baisse continuellement depuis une quinzaine d’années : – 10 points depuis 2012. À l’inverse, le port du voile – pour lequel l’indifférence est sensiblement plus faible qu’à l’époque du débat sur le voile intégral (25%, contre 32% en 2010) – a vu le nombre de ses partisans tripler sur la même période, passant de 7% en 2012 à 22% en 2026.

Cette hausse de l’acceptation sociale du voile dans l’espace public tient notamment à la tolérance croissante dont il bénéficie au sein d’une jeunesse qui s’avère, sur ce sujet, une nette rupture avec le reste de la population : l’approbation du port du voile dans la rue étant trois fois plus élevée chez les moins de 25 ans (62%) que dans l’ensemble de la population (22%). Et si les jeunes ont toujours été plus bienveillants que leurs aînés à ce sujet, une adhésion aussi massive est en réalité un phénomène très récent dans leurs rangs : à peine 19% d’entre eux étaient pour le voile en 2010, soit trois fois moins qu’aujourd’hui.

Dans le détail des résultats, on notera toutefois que l’acceptation sociale du voile est plus forte chez les jeunes filles (64%) que chez les garçons de leur âge (58%), et ceci alors même qu’elles ont une conscience féministe beaucoup plus aiguë.

Autre signe que le voile est de moins en moins perçu comme un symbole sexiste : c’est dans les rangs des personnes les plus féministes que le soutien au voile est le plus fort : 47% des personnes très féministes sont pour le voile dans la rue, contre 14% chez les non-féministes. L’acceptation du voile est d’ailleurs très forte dans d’autres catégories de la population traditionnellement très progressistes sur les questions de société comme par exemple les lesbiennes (40%), les bisexuelles (58%) ou les personnes se situant politiquement à l’extrême-gauche (62%). Parallèlement, cela ne l’empêche pas d’être également soutenu par les pans de la population les plus conservateurs moralement, à savoir les personnes croyantes et religieuses (39%), celles se disant de religion musulmane (74%) ou originaires du Maghreb (59%) ou d’Afrique subsaharienne (58%).

Dans ce contexte, l’archipel mélenchonien s’impose comme l’électorat « pro-voile » par excellence, le seul de tous où le port du voile est soutenu par une majorité de personnes : cette spécificité est visible à la fois via l’indicateur de proximité partisane actuelle (63%), de vote antérieur au dernier scrutin présidentiel (50%) ou d’intentions de vote présidentielle : 62% des électeurs ayant l’intention de voter pour Jean-Luc Mélenchon en 2027 se disent favorables au port du voile dans la rue. À titre de comparaison, ils sont quasiment deux fois moins nombreux parmi les électeurs de Marine Tondelier (38%) et encore moins parmi les électorats Glucksmann (16%), Roussel (8%) ou Attal (21%).

Interdictions du voile : une majorité restrictive, des électeurs en décalage avec leurs candidats et une jeunesse en rupture

Toutes les mesures d’interdiction du voile évoquées ces derniers mois (filles de moins de 15 ans, compétitions sportives, abayas à l’École publique…) sont largement soutenues par les Français, mais selon une gradation qui dessine une échelle de la restrictivité : l’interdiction de l’abaya au collège et au lycée (75%) et celle du voile pour les filles de moins de 15 ans dans l’espace public (72%) arrivent en tête, devant l’interdiction des signes religieux en compétition sportive (72%).

Le soutien à ces mesures restrictives ne fléchit vraiment qu’au moment de franchir le seuil de l’espace public pour les femmes adultes : le référendum sur l’interdiction du voile à tout âge ne recueille « plus » que 60% d’avis favorables, et c’est la seule mesure où l’opposition tranchée atteint un Français sur cinq (20% de « très opposés »).

L’opinion valide donc d’abord la « surenchère par le bas » – l’école, les mineures, les lieux clos – avant la « logique générale de prohibition » portée par le RN1 « Islam politique : un sujet bien parti pour devenir central en 2027 », L’Hémicycle, 2026.. Signe toutefois que ce consensus n’est pas figé, l’adhésion à l’interdiction de l’abaya semble se tasser depuis 2023.

Au centre et à droite, le hiatus joue « par excès de retenue » : les électeurs d’Édouard Philippe, qui n’a proposé aucune interdiction, approuvent à 81% la mesure lepéniste sur les universités et bâtiments publics et à 59% le référendum ; ceux de Gabriel Attal soutiennent à 70% et 56% des dispositifs sur lesquels le gouvernement émet des « réserves évidentes » (Bregeon)2Nina Jackowski, « Interdiction du voile : le RN avance à reculons », L’Opinion, 31 août 2026. ; ceux de Bruno Retailleau, hostile à une prohibition générale, plébiscitent le référendum (72%) dans des proportions proches de l’électorat lepéniste (82%). Ces candidats, pour des raisons juridiques ou stratégiques, s’arrêtent donc en deçà de ce que souhaitent leurs électeurs.

À l’inverse, la base du RN est en phase avec sa candidate – 90% des électeurs de Marine Le Pen soutiennent ses mesures sectorielles et 82% le référendum, « promesse plébiscitée par sa base »3Nina Jackowski, « Interdiction du voile : le RN avance à reculons », L’Opinion, 31 août 2026. – et c’est plutôt la prudence de Jordan Bardella, qui redoutait une « image de radicaux non éligibles4Nina Jackowski, « Interdiction du voile : le RN avance à reculons », L’Opinion, 31 août 2026. », qui se trouve en décalage avec ses troupes comme avec le « réservoir » de second tour.

L’électorat de Jean-Luc Mélenchon est le seul où l’adhésion à ces cinq mesures est minoritaire (37% d’adhésion pour l’abaya, 33% pour les moins de 15 ans, 26% pour le référendum), ce qui le met en phase avec l’annonce de Mathilde Panot5Anne-Sylvie Sprenger, « Présidentielle française et islam : la grande instrumentalisation », Le Temps, 17 septembre 2026. d’une levée de l’interdiction de l’abaya et avec le reniement de son leader ( « une grave erreur »6Gaël Vaillant, « “Une grave erreur” : comment Jean-Luc Mélenchon a “changé d’avis” en 15 ans sur le voile islamique », Marianne, 8 septembre 2026.).

Le vrai hiatus est entre la direction insoumise et le reste de la gauche : les sympathisants de la gauche « laïciste » (PS, PCF, LO, Place publique) approuvent l’interdiction de l’abaya à 75%, contre 35% chez les sympathisants LFI ; les électeurs de Fabien Roussel (84%) et de Raphaël Glucksmann (88%) sont sur ce point plus proches de ceux d’Édouard Philippe que de ceux de Jean-Luc Mélenchon. Loin d’une vision « anglo-saxonne » de la laïcité, la masse des électeurs du centre et de la gauche de gouvernement partage une conception « offensive » du principe de laïcité qui n’a rien à envier à celle de la droite.

Les écologistes se trouvent dans une position intermédiaire plus inconfortable encore : alors que leurs dirigeants ont dénoncé la mesure Attal, les électeurs de Marine Tondelier approuvent majoritairement l’interdiction de l’abaya (63%), celle du voile pour les moins de 15 ans (61%) et celle des signes religieux en compétition (56%), et ne rejoignent la position insoumise que sur l’espace public adulte (31% pour le référendum).

La conception libérale de la laïcité, ouverte à l’expression sociale du religieux, n’est pas le fait de « la Gauche » mais avant tout une spécificité de la gauche insoumise : l’abolition de l’interdiction de l’abaya étant une rupture que seule une fraction minoritaire de la gauche est prête à suivre.

On notera là aussi que les mesures présentées comme protectrices des femmes sont systématiquement moins soutenues par les femmes (73% pour l’abaya, 57% pour le référendum) que par les hommes (78% et 62%), et surtout par les femmes très féministes (47% pour la mesure lepéniste sur les universités, 41% pour le référendum) : la lecture du voile comme « symbole de domination sexiste »7Ève Szeftel, « Envisager l’interdiction du voile, c’est ne rien comprendre à la laïcité », Marianne, 2 septembre 2026. est aujourd’hui davantage le fait des non-féministes (76% et 65%) que de celles et ceux qui revendiquent une conscience féministe.

Mais c’est la jeunesse qui annonce le plus nettement la remise en cause de cette posture de fermeté. Les moins de 25 ans s’opposent à l’ensemble des mesures, y compris sur celles qui font le consensus le plus intense de leurs aînés : 45% pour l’interdiction de l’abaya, 41% pour le voile des moins de 15 ans, 44% pour le sport, 34% pour le référendum… Et les jeunes filles sont encore plus réticentes que les garçons de leur âge (42% contre 50% pour l’abaya, 29% contre 46% pour la mesure lepéniste), et les étudiants plus encore (45%, 38%, 41%, 31%, 30%).

Ce clivage générationnel est la poursuite d’une tendance observée depuis quinze ans chez les lycéens comme chez les jeunes enseignants, et qui relève, à nos yeux, d’un effet de génération plus que d’un effet d’âge. Il tient certes à un « effet de structure » – le poids croissant des musulmans dans les jeunes générations – mais plus encore à une « américanisation » des mentalités qui fait de l’acceptation des expressions religieuses un marqueur générationnel touchant l’ensemble des jeunes et pas seulement les minorités : pour cette « génération offensée » (Caroline Fourest)8Caroline Fourest, Génération offensée. De la police de la culture à la police de la pensée, Paris, Grasset, 2020. qui accorde la primauté à la liberté de chacun et au respect des particularités (Anne Muxel), l’injonction à cantonner le religieux dans la sphère privée apparaît presque discriminatoire. Dès lors, les candidats de 2027 ne se disputent pas seulement un électorat : ils s’affrontent sur une « assise sociologique et démographique » de la législation laïque qui ne peut que s’effriter au fil des années, ce qui donne à la configuration en miroir9Anne-Sylvie Sprenger, « Présidentielle française et islam : la grande instrumentalisation », Le Temps, 17 septembre 2026. une asymétrie temporelle – le RN capitalise sur une majorité vieillissante, LFI sur une minorité croissante – que le rapport de forces actuel masque encore…

Islamisme, anticléricalisme, kippa : une laïcité de combat majoritaire, mais contestée par la jeunesse et désavouée par les électorats

Les sept mesures testées recueillent toutes une majorité d’avis favorables, mais elles relèvent de deux registres distincts.

 – Le premier est celui de la lutte contre l’islam politique : l’interdiction des organisations liées aux Frères musulmans (80%) et la création d’un délit d’ « entrisme islamiste » (74%) sont approuvées dans des proportions massives.

– Le second est celui de la « laïcité de séparation » : la garantie d’une école publique laïque dans chaque commune fait l’unanimité (90%) et les mesures anticléricales reprises du programme de Jean-Luc Mélenchon en 2022 restent majoritaires – abrogation du concordat d’Alsace-Moselle (65%), interdiction du financement public des cultes (64%), abrogation des statuts spécifiques des Outre-mer (57%). Ce socle correspond à une laïcité de « combat », qui ne se contente pas d’organiser la coexistence des cultes mais vise à réduire leur influence et leurs privilèges, y compris ceux des confessions historiques.

L’islamisme : un diagnostic partagé bien au-delà de la droite

La thèse d’un « déplacement du débat »10 « Islam politique : un sujet bien parti pour devenir central en 2027 », L’Hémicycle, art. cit., selon laquelle la distinction entre l’islam et l’islamisme serait désormais « reprise bien au-delà de la droite », trouve dans l’enquête une confirmation éclatante.

C’est ici que le porte-à-faux entre les états-majors de gauche et leurs électeurs est le plus spectaculaire. Si les parlementaires écologistes, socialistes, communistes et insoumis ont voté récemment d’un même bloc contre la résolution LR sur les Frères musulmans (en janvier 2026)11Christophe Ayad, « Une résolution contre les Frères musulmans adoptée à l’Assemblée dans un climat hostile », Le Monde, 22 janvier 2026., leurs électeurs sont massivement de l’avis inverse : 81% des sympathisants socialistes, 85% des communistes, 80% des écologistes et 93% des proches de Place publique approuvent l’interdiction des organisations fréristes.

Et le hiatus est particulièrement net pour la direction insoumise : la majorité des électeurs mélenchonistes (56%) souhaite l’interdiction des organisations fréristes, et près de la moitié (47%) la création d’un délit d’entrisme. L’électorat mélenchonien reste donc sensiblement plus hostile à l’islam politique que les cadres qui le représentent.

La laïcité de séparation : un anticléricalisme dont l’électorat lepéniste est le premier soutien

Le second porte-à-faux est plus inattendu encore. Les mesures séparatistes de Jean-Luc Mélenchon, que Philippe Portier qualifiait en 2022 d’ « ultracistes12Philippe Portier, « La place de la laïcité dans les douze programmes présidentiels », Le Grand Continent, 6 avril 2022. », ne sont majoritairement soutenues ni par ses sympathisants (46%, 45% et 55%) ni par ses électeurs de 2027 – 49% pour l’interdiction des financements publics, 41% pour l’abrogation des statuts des Outre-mer, 56% pour celle du concordat.

Elles le sont en revanche par les électeurs de Marine Le Pen (75%, 68% et 72%) et d’Éric Zemmour (85%, 76% et 74%). Autrement dit, le programme anticlérical de la gauche radicale a aujourd’hui son électorat à droite, et l’électorat insoumis est, sur la question du financement des cultes, moins séparatiste que la moyenne nationale (64%). Cette inversion tient notamment à la composition de la coalition mélenchonienne : les musulmans ne soutiennent l’interdiction des financements publics qu’à 30%, les personnes dont le père est né au Maghreb à 37%, les croyants « religieux » à 50%. Un « vote religieux » ne s’accommode pas d’un programme combiste.

Symétriquement, la direction du RN est en décalage avec ses troupes. Si Marine Le Pen n’entend « nullement remettre en cause le régime concordataire d’Alsace-Moselle et le financement des écoles privées »13Philippe Portier, « La place de la laïcité dans les douze programmes présidentiels », Le Grand Continent, 6 avril 2022., ce n’est pas le cas de ses électeurs, qui sont 72% à vouloir abroger le concordat et 75% à souhaiter supprimer tout financement public des cultes. La « catho-laïcité » apparaît donc comme une position d’état-major, pas une position d’électeurs : même les catholiques pratiquants (53% et 54%) et, pour le concordat, les habitants d’Alsace-Moselle (53%) y sont légèrement favorables.

Le test de la kippa : une fermeté plus universaliste que « musulmanophobe »

L’interdiction de la kippa dans la rue, proposée par Éric Zemmour, recueille 58% d’avis favorables, soit deux points de moins seulement que le référendum sur le voile. Ce différentiel voile-kippa est l’indicateur le plus sûr de la nature de la restriction : dans l’opinion, elle vise toute visibilité religieuse, non le seul islam. Chez les électeurs de Marine Le Pen, l’écart est de cinq points (82% contre 77%), et il s’inverse dans la gauche de gouvernement : les électeurs de Raphaël Glucksmann sont plus favorables à l’interdiction de la kippa (63%) qu’à celle du voile (50%), tout comme les sympathisants socialistes (59% contre 48%). La « gauche laïciste » est, au sens strict, la plus universaliste de l’échiquier.

La proposition de loi RN qui « ne cible que l’islam »14Aurore Malval, « Derrière l’interdiction du voile dans l’espace public, dilemme et tourments du RN », Marianne, 9 septembre 2026. est donc en retrait sur son propre électorat, et c’est l’électorat de Reconquête qui pratique réellement la géométrie variable : les électeurs d’Éric Zemmour approuvent le référendum sur le voile à 88% mais l’interdiction de la kippa à 71% seulement – la plus faible adhésion de toute la droite à une mesure portée par leur propre candidat.

Signalons enfin, avec la prudence qu’impose la taille de l’échantillon, que les Français de confession juive sont quand même quatre sur dix à être favorables à l’interdiction de la kippa (41%).

Les catégories en croissance : une laïcité « minimaliste » qui n’est plus un combat

Comme sur le voile, le consensus repose sur les générations sortantes et le catholicisme culturel. Les 65 ans et plus approuvent l’interdiction des organisations fréristes à 89%, le délit d’entrisme à 84%, l’interdiction des financements publics à 75% et celle de la kippa à 73%. Les moins de 25 ans sont à 53%, 48%, 38% et 28% : seules l’école publique laïque (82% chez les 18-24 ans) et, de justesse, l’abrogation du concordat (52%) restent majoritaires chez eux.

Ce décrochage est double, et c’est ce qui le distingue de celui observé sur le voile. D’une part, la jeunesse ne partage pas le combat de ses aînés contre l’islamisme : pour une génération qui lit l’actualité au prisme d’une grille « dominant/dominé » et condamne par principe tout ce qui peut stigmatiser une minorité perçue comme « dominée », l’interdiction d’organisations musulmanes, fussent-elles islamistes, relève de la « musulmanophobie ». D’autre part, elle ne partage pas non plus l’anticléricalisme républicain : ses positions sur le concordat ou les financements traduisent cette vision « minimaliste » et « juridique » de la laïcité, conçue comme la mise « sur un pied d’égalité » de toutes les religions plutôt que comme un moyen de « faire reculer leur influence ». Ces jeunes s’inscrivent donc dans la tradition briandiste de 1905, non dans sa tradition combiste, et c’est bien une laïcité « ouverte, libérale et inclusive », à l’anglo-saxonne, qui domine largement dans leurs rangs.

Les musulmans occupent sur ces mesures une position singulière : si près de la moitié (48%) approuve l’interdiction des organisations fréristes – signe que le rejet de l’islam politique n’est pas étranger à une partie d’entre eux –, ils rejettent aussi massivement le délit d’entrisme (35%), l’interdiction des financements (30%) et celle de la kippa (27%). Chez une population marquée par une « réislamisation » et une « orthopraxie » croissantes au fil des générations, l’hostilité à la « nouvelle laïcité » ne porte pas seulement sur le voile mais sur l’ensemble du dispositif de séparation.

L’archipel mélenchonien apparaît isolé pour des raisons opposées : trop libéral sur l’islam politique aux yeux de sa propre base, trop religieux pour suivre son leader sur la séparation de l’État et des religions. Le reste de la gauche est, à l’inverse, pris en tenaille entre des électeurs « laïcistes » au sens plein du terme – hostiles à l’islamisme, anticléricaux, universalistes sur les signes – et des alliances parlementaires qui l’obligent à voter avec LFI. Quant au RN, il bénéficie d’une base dont la laïcité est plus « républicaine » que la sienne, ce qui lui offre un confort stratégique tant que la question du concordat ou des crèches de Noël n’est pas posée. La « configuration en miroir » n’est donc pas symétrique : sur le rapport entre l’État et les religions, Marine Le Pen est portée par un consensus qui la dépasse, Jean-Luc Mélenchon par une coalition de sous-électorats qui le contredit.

Laïcité : Mélenchon inquiète les aînés, Le Pen la jeunesse

Invités à désigner celui des deux principaux candidats « populistes » qui menacerait le plus la laïcité s’il accédait à l’Élysée, les Français tranchent en défaveur du leader insoumis (43%), huit points devant Marine Le Pen (35%), et seuls 17% refusent le cadre du duel en répondant « aucun ».

Le RN apparaît donc moins dangereux pour la laïcité que LFI, notamment pour le socle sociologique de la « laïcité de combat » : les plus de 65 ans (53%), les catholiques non pratiquants (55%), les retraités CSP+ (55%), les titulaires d’un CAP-BEP (49%), les Français de confession juive (65%).

Ce verdict n’épargne pas la gauche. Si l’électorat mélenchonien désigne massivement Marine Le Pen (72%), un électeur insoumis sur cinq (21%) considère que son propre candidat est le principal danger pour la laïcité ! On mesure sans doute là le prix du reniement de Lille15Albert Zennou, « Avec le voile, Jean-Luc Mélenchon est passé de la gauche émancipatrice à la gauche des identités », Le Figaro, 11 septembre 2026. jusque dans la fraction de l’archipel restée attachée à la tradition laïque.

Le hiatus est plus net encore dans la gauche de gouvernement, pourtant alliée de LFI : un quart des sympathisants socialistes (23%) et un électeur de Glucksmann sur quatre (24%) pointent Mélenchon. La gauche « laïciste » reste majoritairement fidèle au réflexe de « barrage républicain » (53% désignent Le Pen), mais elle abrite une minorité significative pour qui l’adversaire laïque est désormais à sa gauche.

Quant au bloc central, il est coupé en deux à l’image de sa ligne « intégrationniste » : les électeurs d’Attal hésitent (43% Mélenchon, 39% Le Pen), ceux de Philippe tranchent contre Mélenchon (51%).

Mais ce jugement d’ensemble masque une inversion générationnelle radicale. Les moins de 25 ans désignent Marine Le Pen (54%) deux fois plus que Mélenchon (25%), les jeunes femmes trois fois plus (60% contre 18%), les lycéens et étudiants (55%), les très féministes (56%), les musulmans (57%), les personnes d’origine maghrébine (56%) ou subsaharienne (55%) et les LGBT (48%) étant sur la même ligne. Même les « sans religion » (40% contre 37%) et les athées (40% contre 38%) penchent légèrement vers Le Pen.

Cette enquête révèle que le mot « laïcité » n’a plus le même sens d’une génération à l’autre. Pour les aînés, la laïcité reste un combat (Kulturkampf) contre les « replis communautaires » et le danger vient de celui qui les tolère ; pour une jeunesse imprégnée d’une vision « minimaliste » de la laïcité, conçue comme la mise « sur un pied d’égalité » des religions et la garantie de la « liberté religieuse », le danger vient de celle qui veut interdire. La laïcité est devenue « un terme polysémique dans lequel chacun voit un peu ce qu’il veut », et c’est cette polysémie que la question mesure : Mélenchon menace la laïcité des pères, Le Pen celle des enfants.

Présidence Le Pen : la peur des minorités nourrit la désobéissance et la tentation de l’exil

Chez les personnes appartenant à une minorité religieuse, l’hypothèse d’une présidence Le Pen suscite une peur concrète : six sur dix redoutent une hausse des agressions et discriminations envers leurs coreligionnaires (63%), une restriction de leur liberté religieuse en matière de vêtements, d’alimentation ou de pratiques sportives (61%) ou des dégradations de leurs lieux de culte et cimetières (60%).

Mais ce ressenti extrêmement dangereux est d’abord celui des musulmans (81%, 81% et 79%) et des personnes d’origine maghrébine (82%) ou subsaharienne (89%), bien davantage que celui des juifs (44%, 45%, 38%). On notera que les musulmanes qui ne portent pas le voile sont aussi inquiètes (90%) que celles qui le portent (81%), signe que la menace est perçue comme visant le groupe et non la seule pratique. Il est aussi celui des plus religieux (70% chez les croyants « religieux », contre 49% chez les croyants non religieux) et, surtout, des plus jeunes : 82% des 18-24 ans issus d’une minorité craignent pour leur liberté religieuse.

Les réactions envisagées confirment aussi que cette peur ne se traduit pas par le retrait mais par le conflit. Quatre Français sur dix se disent prêts, sous une présidence Le Pen, à refuser de respecter les lois qu’ils jugeraient injustes (41%), à participer à une grève générale (38%) ou à manifester contre la politique du gouvernement (36%).

Ces intentions sont loin d’être l’apanage des extrêmes : elles concernent quatre électeurs d’Attal sur dix (43%, 40%, 42%) et six électeurs de Glucksmann sur dix (60%, 63%, 61%). Mais elles atteignent les trois quarts de l’électorat insoumis (75%, 77%, 78%) et des sympathisants LFI (72%, 76%), ainsi qu’une majorité des moins de 25 ans (54%), des personnes très féministes (64%), des diplômés de deuxième et troisième cycles (51%), des LGBT (54%) et des musulmans (61%).

Le paradoxe relevé par Ève Szeftel16Ève Szeftel, « Envisager l’interdiction du voile, c’est ne rien comprendre à la laïcité », Marianne, 2 septembre 2026. – une interdiction du voile qui donnerait « un prétexte aux réseaux islamistes pour se remobiliser » et permettrait à LFI « d’apparaître, par contraste, comme le parti de l’ordre face au désordre » – trouve ici sa base empirique : l’archipel électoral mélenchonien est déjà, avant tout scrutin, un parti de la désobéissance.

À côté de la voie du conflit, celle de l’exil est l’apanage des minorités et de la jeunesse. Un Français sur cinq envisagerait de quitter la France (21%) et 17% de faire valoir une autre nationalité, mais ces proportions doublent chez les moins de 25 ans (40% et 33%) et chez les musulmans (46% et 33%), et triplent chez les personnes dont le père est né en Afrique subsaharienne (50% et 38%).

La moitié des parents musulmans (49%) et des parents d’origine maghrébine (51%) pousseraient leurs enfants à étudier ou travailler à l’étranger. Fait notable malgré la fragilité de l’échantillon, les Français de confession juive partagent avec les musulmans cette tentation du départ (44% envisageraient de quitter la France), alors même qu’ils désignent majoritairement Jean-Luc Mélenchon comme le danger pour la laïcité (65%) : c’est dire que la victoire de l’un comme de l’autre des candidats « populistes » est vécue, par les minorités religieuses, comme une menace sur leur place même dans la nation.

L’ « archipélisation »17Jérôme Fourquet, L’Archipel français. Naissance d’une nation multiple et divisée, Paris, Seuil, 2019. n’est donc pas qu’un état de la société ; elle est aussi un horizon électoral, où une partie croissante des Français – jeunes, diplômés, minorités – ne se projette plus dans la République qu’ils anticipent au lendemain de 2027.

Si les propositions des candidats sur la restriction de la visibilité de la religion dans l’espace public répondent clairement à une demande de discrétion religieuse, son assise dans l’opinion apparaît clairement fragile. Car le vrai clivage n’est pas seulement partisan, il est aussi générationnel, avec des jeunes qui rejettent toutes les interdictions, y compris celle de l’abaya à l’école.

C’est à l’aune de cette fracture qu’il faut évaluer le pari lepéniste. Le risque du référendum sur le voile est plus social qu’électoral. Huit musulmans sur dix anticipent une hausse des discriminations, les trois quarts de l’électorat insoumis se disent prêts à désobéir, à faire grève ou à manifester, et près d’un musulman sur deux, comme un juif sur deux, envisagerait de quitter la France.

Au total, il est difficile de ne pas être sceptique sur les capacités de la législation laïque à conserver dans le futur son assise sociologique et politique. Les choses peuvent toujours s’inverser en cas de nouveaux drames (attentats, émeutes …) mais la dynamique va dans le même sens. La présidentielle de 2027 pourrait être la dernière gagnée sur des enjeux de « laïcité de combat » ; les suivantes se joueront probablement sur la capacité à redéfinir, pour une France « archipélisée », ce que le mot laïcité veut dire… En tout état de cause, sur ce sujet, Jean-Luc Mélenchon a peut-être perdu la bataille du jour mais il a toutes les cartes en main pour gagner celle de demain.

122804_Synthese_Ifop-Marianne_Laicite_presidentielle_2026.10.12 (1)Télécharger
Étiquettes : LaïcitéLFIpartis politiquesPrésidentielle 2027Religions
Partager sur FacebookPartager sur Twitter

À lire : Articles

Manifestation pro-palestinienne à Madrid, le 14 septembre 2025 (Barcex/Wikicommons)
Enquête

La déprogrammation des juifs et des Israéliens : les mécanismes de l’exclusion culturelle

21 juillet 2026
Drapeau monarchiste du cercle d’action légitimiste de Lille à Paris le 19 janvier 2025, lors d’une manifestation du collectif Marche pour la vie, contre l’interruption volontaire de grossesse, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la loi Veil sur l’IVG (Daniel Perron / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
Enquête

La noblesse, cœur de la nouvelle extrême droite française ?

16 juillet 2026
Vue du cortège sous escorte policière (photo : Ornella Guyet)
Enquête

Juives et féministes : la marche sous protection

13 mars 2026
Lyon, 21 février 2026, marche en hommage à Quentin Deranque (photo Merlet/Zeppelin/sipa)
Enquête

D’une marche blanche à une marche brune

27 février 2026
Hémicycle lors d'une conférence du groupe Patriotes pour l’Europe sur le thème de l'Iran, le 1er juillet 2025 (Martin Bertrand / Hans Lucas via AFP)
Enquête

Patriotes pour l’Europe : l’antisémitisme en héritage (2/2)

26 janvier 2026
Discours de Jordan Bardella, Président du RN, Président du groupe Patriote pour l'Europe, Député européen, à la fête de la victoire des Patriotes pour l'Europe, le 9 juin 2025 (photo Carine Schmitt / Hans Lucas via AFP)
Enquête

Patriotes pour l’Europe : l’antisémitisme en héritage (1/2)

22 janvier 2026
Voir plus

Les plus lus

  • ©celinemasson

    « Naza » : sous hypnose et hors contexte

    0 partages
    Partager sur Facebook 0 Partager sur Twitter 0
  • L’école, de l’ « asile inviolable » à la banalisation de la violence

    0 partages
    Partager sur Facebook 0 Partager sur Twitter 0
  • L’antisémitisme passé sous silence

    0 partages
    Partager sur Facebook 0 Partager sur Twitter 0
  • Omar Youssef Souleimane : « Les islamistes ont trouvé chez LFI un écho pour leur propagande »

    4 partages
    Partager sur Facebook 4 Partager sur Twitter 0
  • Jordan Bardella et le RN : quand le passé rattrape la dédiabolisation

    0 partages
    Partager sur Facebook 0 Partager sur Twitter 0
  • Laïcité : Mélenchon a les cartes en main pour gagner la bataille de demain

    0 partages
    Partager sur Facebook 0 Partager sur Twitter 0
  • Chronique d’un antisémitisme professoral dans une université française

    0 partages
    Partager sur Facebook 0 Partager sur Twitter 0
  • Après Ames v. Ohio : l’égalité contre la dignité ?

    0 partages
    Partager sur Facebook 0 Partager sur Twitter 0

À lire

Laïcité : Mélenchon a les cartes en main pour gagner la bataille de demain

17 octobre 2026
Mobilisations lycéennes, Paris, le 13 octobre 2026 (Crédit : Hans Lucas / AFP)

L’école, de l’ « asile inviolable » à la banalisation de la violence

16 octobre 2026
La Cour suprême des États-Unis (photographie Margaret Giatras / Unsplash)

Après Ames v. Ohio : l’égalité contre la dignité ?

9 octobre 2026
LEDDV.FR - Revue universaliste

Le Droit de Vivre - Revue universaliste

« Rien de ce qui est humain ne m'est étranger » - Térence

» En savoir plus

Articles récents

  • Laïcité : Mélenchon a les cartes en main pour gagner la bataille de demain
  • L’école, de l’ « asile inviolable » à la banalisation de la violence
  • Après Ames v. Ohio : l’égalité contre la dignité ?

Catégories

  • Actualité
  • Analyse
  • Chronique
  • Cinéma
  • Culture
  • Document
  • Éditorial
  • Éducation
  • Enquête
  • Entretien
  • Fable réaliste
  • Histoire
  • Lecture
  • Non classé
  • Nouveau dossier
  • Opinion
  • Tribune
  • À propos
  • CGU
  • CGV
  • Cookies
  • Confidentialité
  • Mentions légales
  • Contact

© 2021 LeDDV.fr - Revue universaliste - Tous droits réservés.

Bienvenue !

Se connecter

Mot de passe oublié ? Créer

Créer un compte

Renseignez le formulaire pour créer un compte

Tous les champs sont requis Se connecter

Récupérer mon mot de passe

Renseignez les champs pour récupérer votre mot de passe

Se connecter

Add New Playlist

Aucun résultat
Voir tous les résultats
  • » Je m’abonne au DDV !
  • Actualité
  • Analyse
  • Éducation
  • Culture
    • Lecture
  • Opinion
    • Éditorial
    • Tribune
  • Histoire
  • À propos
  • Se connecter
  • Créer
  • Panier

© 2021 LeDDV.fr - Revue universaliste - Tous droits réservés.

Are you sure want to unlock this post?
Unlock left : 0
Are you sure want to cancel subscription?