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Accueil Enquête

D’une marche blanche à une marche brune

La mort de Quentin Deranque a ouvert une séquence politique marquée par la banalisation des idées d’extrême droite, entre hommages institutionnels controversés et mobilisation de réseaux néofascistes en France et en Europe. Derrière l’image trompeuse d’une « marche blanche », la marche organisée à Lyon le 21 février a mis en évidence un écosystème radical structuré, mêlant catholicisme traditionaliste, identitarisme et stratégie de dédiabolisation. Une affaire symptomatique d’un basculement plus large.

Le DDV Par Le DDV
27 février 2026
dans Enquête
Temps de lecture : 17 min
A A
0
Lyon, 21 février 2026, marche en hommage à Quentin Deranque (photo Merlet/Zeppelin/sipa)

Lyon, 21 février 2026, marche en hommage à Quentin Deranque (photo Merlet/Zeppelin/sipa)

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Ornella Guyet, journaliste

La séquence qui a suivi la mort de Quentin Deranque a permis de mesurer à quel point les idées de l’extrême droite, y compris les plus radicales, pouvaient être présentées comme une option politique parmi d’autres. Malgré les circonstances de son passage à tabac, dans le contexte d’un affrontement opposant pourtant deux groupes violents auquel il prenait part, le jeune homme a été présenté comme un innocent, qui aurait été simplement victime d’un « guet-apens ». L’émotion provoquée par un tel événement, l’effarement devant la violence de l’attaque, ne doivent pas empêcher l’analyse et rendre aveugle à l’environnement idéologique dans lequel s’est produit un tel drame. C’est à cette émotion collective que semblent avoir obéi nos institutions en rendant hommage à Quentin Deranque, notamment à l’Assemblée nationale, où a été respectée une minute de silence, et au Conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes qui a affiché son portrait sur sa façade le jour de la manifestation néofasciste organisée à Lyon.

Le sénateur LR du Rhône Étienne Blanc était présent dans le cortège hommage à Lyon, démontrant une fois de plus que le barrage républicain prend l’eau de toutes parts, notamment à droite. S’agissant du RN, la chose était claire, mais qui aurait cru que cette complaisance puisse s’étendre à de véritables nostalgiques de Vichy, du IIIe Reich ou de Mussolini ? Bruno Retailleau avait, il est vrai, déjà envoyé quelques signaux, en particulier lorsqu’il avait rendu hommage au « combat » de Némésis en janvier 2025. Il était alors ministre de l’Intérieur.

Un engagement néofasciste incontestable

Car enfin, Quentin Deranque cochait toutes les cases de l’extrémisme le plus violent, entre catholicisme traditionnaliste et passions identitaires. D’ailleurs, l’hommage du groupuscule nationaliste-révolutionnaire parisien Luminis porte un coup au mythe de l’angelot : « Les derniers mots de Quentin ont été : « On remet ça, les gars. » Comme lui, la lutte à mort nous rend joyeux. »

Ancien membre de l’Action française, Quentin Deranque était connu dans les milieux nationalistes révolutionnaires lyonnais, décrit par exemple par le groupe Audace Lyon sur X comme « notre camarade Quentin, bien connu de nos militants », dans un communiqué qui pourfend au passage la « droite parlementaire et sioniste ». Il faisait aussi partie du groupuscule néofasciste des Allobroges Bourgoin, du nom de la tribu gauloise qui vivait dans cette région. Ce groupe a défilé l’année dernière dans le traditionnel cortège néonazi organisé tous les ans à Paris par le Comité du 9-Mai (C9M) en hommage à Sébastien Deyzieu, un militant nationaliste tombé d’un immeuble en tentant d’échapper à la police en 1994.

Catholicisme traditionaliste

En guise d’engagement religieux, Deranque fréquentait la paroisse Saint-Georges, connue pour ses messes traditionalistes, et c’est dans ce cadre qu’il effectuait des « maraudes », volontiers rappelées pour tenter de démontrer sa prétendue non-violence. Cette paroisse est affiliée à la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre (FSSP), une organisation de droit pontifical soutenue dès ses débuts en 1988 par le Cardinal Ratzinger, qui allait devenir plus tard le pape Benoît XVI. En tant que pendant romain de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) – l’organisation schismatique fondée par Mgr Lefebvre –, la FSSP a vocation à ramener les intégristes dans le giron de l’Église catholique officielle.

Toujours dans les réseaux entourant la FSSP, Deranque était un fidèle des événements organisés par Academia Christiana, un « centre de formation » surveillé par les services de renseignement et dont la dissolution est envisagée. Son leader Victor Aubert a pris la parole à Lyon. En 2022, France Télévisions a fait un reportage en caméra cachée au sein de ce groupe qui rêve de croisade et prône ouvertement la lutte armée. Un des prêtres qui y est affilié y apparaît posant avec un fusil, puis s’entraînant au tir.

Catholique converti à l’âge adulte, Deranque appartenait à cette nouvelle génération de très jeunes pratiquants, néo-convertis ou non, marqués par la radicalité. Le pèlerinage de Chartres auquel il a déjà pris part est une des matrices de cette dynamique. Fondé en 1983 sur le conseil Bernard Antony, président de l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité français et chrétienne (Agrif), personnalité connue pour ses positions traditionalistes et négationnistes, la marche a rassemblé l’année dernière 19 000 personnes, avec une moyenne d’âge de 23 ans. En dix ans, sa fréquentation a doublé, malgré des tensions récurrentes avec les autorités ecclésiales et au sein de celles-ci, surtout sous le pontificat du pape François, du fait de l’intransigeance de ses organisateurs sur les célébrations en latin, en contradiction avec la volonté du pape d’en restreindre l’usage afin de limiter l’influence des intégristes au sein de l’Église.

Fémonationalisme

Enfin, le groupe fémonationaliste Némésis, qui présente Deranque comme ayant fait partie de son service d’ordre, a pour objet de pointer les immigrés comme seuls responsables des violences faites aux femmes, et, en particulier des violences sexuelles. Il monte en épingle les viols, lorsqu’ils sont commis par des étrangers – en particulier sans-papiers –, tout en taisant ces crimes lorsqu’ils sont le fait de Français «  de souche », probablement majoritaires d’ailleurs parmi les agresseurs, puisque l’on estime communément que 90 % à 95 % des violences faites aux femmes sont le fait d’individus appartenant à leur entourage proche, sinon intime, et qu’ils ont lieu dans un cadre privé.

Ce groupe d’extrême droite affiche une vision très particulière du féminisme, que sa cheffe Alice Cordier a résumé en 2020 lors du 6e Forum de la Dissidence : « En tant que femmes et féministes aujourd’hui, notre rôle aujourd’hui est de défendre nos hommes, nos « mâles blancs », et de redorer le blason du communautarisme, entre personnes qui considèrent la France comme leur unique nation, et la culture européenne comme la leur. » Et de citer comme une référence « notre cher ami Jean-Yves Le Gallou ». Le Gallou, fondateur de l’Institut Iliade et du think-tank Polemia (qui organise chaque année ledit forum), un vieux routier de la Nouvelle Droite et du FN à papa, aujourd’hui proche de Reconquête… Défenseur de la « remigration » des étrangers pour lutter contre le « grand remplacement », Le Gallou est aussi connu pour son soutien répété à des acteurs du négationnisme.

On a depuis appris que Némésis voulait apporter sa contribution à l’organisation de guet-apens visant des militants antifascistes. Les messages privés relevés à cette occasion montrent une collaboration étroite avec Audace et son leader, Calixte Guy, par ailleurs fils d’une élue RN du 8e arrondissement de Lyon, Blanche Guy-Mathon, concernant la sécurisation de ses événements.

Une marche brune

Tant dans certains médias que sur les réseaux sociaux fascisants – ou même juste de droite –, la « Marche pour Quentin » a été décrite comme une « marche blanche ». Ce concept, né de la volonté de familles de victimes de Marc Dutroux en Belgique, en 1996, est en général mobilisé pour rendre hommage à des victimes de crimes violents, notamment à caractère sexuel, dans un cadre apolitique et rassembleur. Parmi les marches blanches les plus récentes qui ont eu lieu en France, notons celle en mémoire de Mehdi Kessaci, assassiné à Marseille en représailles de l’engagement de son frère contre le narcotrafic.

Plutôt qu’une « marche blanche », le défilé en mémoire de Quentin Deranque était une « marche brune ». La politisation y était certaine, à tel point que sa famille a déclaré par la voix de son avocat, en des termes dépourvus d’ambiguïté, qu’elle « condamn[ait] […] très fermement la récupération politique de cette marche effectuée sans la moindre pudeur, la présence de certains extrémistes notoires et les débordements racistes et discriminatoires constatés en marge de cette marche ». Auparavant, elle avait fait savoir qu’elle n’y participerait pas, soulignant qu’elle « n’avait a priori rien contre l’idée d’un hommage […] à la condition qu’il fût respectueux et apolitique ».

Dans ce contexte, le RN l’a joué finement puisque Jordan Bardella a demandé à ses ouailles « de ne pas [se] rendre à ces rassemblements ni d’y associer le Rassemblement National » parce que « certains organisateurs » sont « indéniablement liés à l’ultradroite et que nous refusons de côtoyer par cohérence avec notre ligne », à savoir la politique de « dédiabolisation », particulièrement importante à la veille d’échéances électorales décisives pour le parti lepéniste.

Un attaché parlementaire RN, Vincent Claudin, s’y est tout de même affiché, ce qui lui a valu d’être lâché en urgence par sa députée. Lecteur revendiqué de Joseph Goebbels, du Waffen-SS belge Léon Degrelle ou de l’essayiste négationniste Hervé Ryssen, il publiait encore le jour de sa nomination des messages qualifiant certains métissages de « croisements avec des races de singes ». Son frère, Baptiste Claudin, est un des chefs d’Audace. Les deux frères se sont abondamment épanchés dans les médias, dans lesquels ils étaient décrits sobrement comme des « amis de Quentin ».

Un autre ex-élu RN, aujourd’hui candidat à la mairie de Lyon, était présent : Michel Dulac, président du groupe d’extrême droite Spartacus, qu’il a fondé en 2009. Le seul élu réellement identifié appartient toutefois aux Républicains, le sénateur du Rhône Étienne Blanc, évincé en décembre dernier de l’équipe constituée par Michel Aulas en vue des municipales, précisément en raison de sa proximité avec l’extrême droite.

Pour le reste, on a pu y voir Yvan Benedetti (ancien leader de l’Œuvre française, mouvement dissous à la suite du décès de Clément Méric) ou Marc de Cacqueray-Valmenier, ex-dirigeant des Zouaves Paris, groupuscule néonazi, embauché pour le service d’ordre, qui vient d’être condamné en appel à une peine d’emprisonnement pour l’agression de militants de SOS Racisme à un meeting de Reconquête en 2021.

La liste des personnes identifiées lors des rassemblements à la Sorbonne ainsi que lors de la manifestation à Lyon donne le tournis.

La liste des personnes identifiées lors des rassemblements à la Sorbonne ainsi que lors de la manifestation à Lyon donne le tournis. À Paris se sont côtoyés Axel et Gabriel Loustau, père et fils ex-chefs du GUD, toujours en liens d’affaires indirects avec Marine Le Pen et son entourage, Jean-Yves Le Gallou, Éric Zemmour, l’antiquaire et collectionneur d’objets napoléoniens Pierre-Jean Chalençon (qui trouve Éric Zemmour « passionnant ») ; plusieurs parlementaires du RN, dont la députée Anne Sicard ; ainsi que le leader de la Cocarde étudiante, Édouard Bina.

À Lyon, ont été aperçus les journalistes du média Frontières – qui étaient parmi les seuls accrédités ; Alice Cordier et Némésis, bien sûr ; Alexandre Gabriac et Fabrice Robert, fondateur en 2003 du Bloc identitaire. Raphaël Ayma, lui aussi ancien attaché parlementaire RN et chef de file du mouvement néofasciste provençal Tenesoun en même temps que participant régulier au défilé du C9M, a pris la parole. En 2023, il avait été invité à la conférence des Amis de Léon Degrelle.

Aliette Espieux, l’organisatrice anti-IVG

Le profil de l’organisatrice de la manifestation lyonnaise, Aliette Espieux, est intéressant également : militante pro-vie, fille d’un colonel de l’Armée de l’Air, elle a grandi dans une famille traditionaliste. En 2019, elle est devenue porte-parole de la Marche pour la vie. En 2020, elle s’est présentée en sixième position lors des élections municipales dans le 5e arrondissement de Lyon, sous les couleurs du RN. Lors de l’élection présidentielle de 2022, elle a soutenu Éric Zemmour, puis appelé à voter Marine Le Pen contre Emmanuel Macron.

Son époux, Eliot Bertin, est quant à lui un militant néonazi connu dans la ville : ancien membre du Bastion social puis dirigeant de Lyon populaire – deux mouvements violents dissous par les autorités en 2019 et 2025 –, il est mis en cause dans l’attaque en 2023 d’une conférence organisée par le Collectif Palestine 69. Il s’est déjà affiché avec un masque en tissu figurant une « Totenkopf », ou s’entraînant au tir avec un fusil d’assaut AK-47.

S’agissant des insultes racistes entendues (« sale Bougnoule ») à l’égard d’un individu venu provoquer les manifestants, un membre du groupe Les Braves, lors de son débriefing vidéo, assume : « Je revendique le légitime dérapage. À un moment, si cette personne vient chez moi et commence à chier dans mon frigo et à agresser ma famille, ce juron pourrait sortir [sic]. Et moi ce que je retiens c’est qu’il y a eu qu’une seule insulte et que ce bâtard, en fait, il en méritait des centaines, des milliers et toutes les insultes. » Ambiance…

Dans ce contexte, l’épidémie de crampes au bras droit et de pancartes affichant des symboles nazis dans cette manifestation ne devrait surprendre personne.

Les hommages venus de province étaient à l’avenant, que ce soit ceux venant de Jean-Eudes Gannat depuis l’Anjou, d’Aurélien Verhassel (ex-élu de l’UNI et ex-tenancier du bar La Citadelle) à Lille ou encore de Génération Zemmour, de l’UNI, de l’Action Française et de la Cocarde étudiante, tous présents lors du rassemblement à Strasbourg devant l’IEP, ou encore de Yovan Delourme, dit « Le Jarl », à Rennes.

Décorum fasciste

Le décorum et la symbolique déployés lors de l’hommage final en clôture du défilé lyonnais étaient savamment étudiés. La banderole portant les mots « Adieu camarade », était frappée d’un chrisme entouré de lauriers ; soit un symbole catholique utilisé surtout par les traditionalistes, additionné à un code graphique faisant appel à l’imaginaire identitaire. En bref : un choix visuel que l’on pourrait résumer par cette formule de Baptiste Claudin : « Quentin, mon frère en Christ, Quentin, mon frère nationaliste. » De l’autre côté de la banderole figurait un portrait stylisé d’un Quentin Deranque auréolé. Citons là encore Baptiste : « Tu étais un héros, tu es aujourd’hui un martyr ». Ajoutons à cela quelques flambeaux et c’est tout un imaginaire fasciste qui était déployé.

Même le choix, pour clore la cérémonie, de « La ligue noire », chant contre-révolutionnaire lyonnais de 1793, entonné genou à terre, n’avait rien d’innocent. Les propos tenus le lendemain sur Europe 1 par Le Gallou, dénonçant le fait que LFI se revendique de l’héritage révolutionnaire de 1793, y font écho. La haine de la République reste donc bien vivace dans ces rangs, et le désir de revanche également.

Réseaux internationaux

En portant des coups mortels à Deranque, les ex-membres de la Jeune garde antifasciste, dont un des fondateurs, Raphaël Arnault, est député LFI et compte aujourd’hui trois proches incarcérés, ont donc offert un martyr à l’extrême droite, à une échelle qui dépasse largement nos frontières. Des hommages lui ont ainsi été rendus depuis les quatre coins de l’Europe, venant d’individus et de groupes radicaux, dont le point commun est de travailler à la structuration d’un mouvement pro-« remigration » à l’échelle du continent.

Parmi les réactions internationales, outre les ingérences de Giorgia Meloni et de l’administration Trump, citons les cadres d’Action Radar Europe (ARE), qui ont tourné un clip appelant à poursuivre le combat de Deranque. Ce sont les mêmes qui organisent depuis l’année dernière un « Remigration Summit » : la Néerlandaise Eva Vlaardingerbroek ; le Belge flamand Dries Van Langenhove ; l’Italien Andrea Balladra, qui était présent à la manifestation hommage à Lyon ; le Portugais Afonso Gonçalves, chef du groupuscule Reconquista qui est proche du parti d’extrême droite Chega (un allié européen du RN) ; et surtout Martin Sellner, leader des Identitaires autrichiens, interdit de territoire dans plusieurs pays européens, dont l’Allemagne.

En portant des coups mortels à Deranque, les ex-membres de la Jeune garde antifasciste, dont un des fondateurs, Raphaël Arnault, est député LFI et compte aujourd’hui trois proches incarcérés, ont donc offert un martyr à l’extrême droite, à une échelle qui dépasse largement nos frontières.

Né en 1989, année de la chute du Mur de Berlin, Sellner a commencé sa carrière militante en collant des affiches ornées de croix gammées sur des synagogues dès l’âge de 17 ans. Il se pique aujourd’hui d’intellectualisme et est l’auteur de plusieurs livres, dont l’un est tout simplement titré « Remigration ». Il a pris part à la réunion secrète de Potsdam, fin 2023, qui visait à organiser la « remigration » de deux millions d’étrangers et Allemands d’origine étrangère et qui a fait scandale en Allemagne car des élus et cadres de l’AfD et des conservateurs y étaient aussi présents.

Si Sellner n’est pas venu à Lyon, il a organisé le même jour un hommage à Vienne incluant un dépôt de bougies devant l’ambassade de France. Il a aussi expliqué, dans l’un de ses tweets, qu’il rendait visite à la paroisse de Deranque à chaque fois qu’il se rendait dans la capitale des Gaules.

D’autres soutiens étrangers se sont manifestés : les Suisses de Junge Tat, un groupe violent et antisémite assimilé au mouvement néonazi Blood and Honour ; le mouvement Reichsbürger « Freie Sachsen », qui a défilé en sa mémoire à Dresde ; ou même un groupuscule serbe, la Serbia Division. À Lausanne en Suisse, des militants sont allés repeindre les murs d’un local antifasciste. Audace Lyon, le groupe nationaliste-révolutionnaire dont Deranque était proche – sinon membre – a même envoyé une délégation en Pologne auprès de nationalistes locaux pour, écrit-il sur X, « représenter nos couleurs » lors d’un hommage au militant français.

Le jour de la marche lyonnaise, des membres de l’English Defense League se sont affichés avec des sweat-shirts floqués exprès pour l’occasion. Plusieurs groupes italiens affiliés au mouvement Casapound ont aussi participé, notamment Lealtà Azione, ou le Bloco Studentesco, qui a déposé une gerbe. Sur un drapeau italien, ces mots, détournés du mouvement Black Lives Matter : « nationalist lives matter ». 

Du côté de la couverture médiatique enfin, les Allemands étaient là encore très bien représentés à la manifestation lyonnaise. Ont été aperçus notamment le média NiUS, assimilé à la Nouvelle Droite, ainsi qu’Arminius, un militant néonazi venu alimenter sa webTV. Compact, média conspirationniste néonazi a, quant à lui, diffusé des réactions des deux côtés du Rhin incluant celles de militants berlinois de Generation Deutschland (le mouvement de jeunesse de l’AfD) et de Lukreta (la section allemande de Némésis), d’Hilaire Bouyé, cadre de Génération Zemmour et de Jean-Yves Le Gallou.

Inversion des valeurs

C’est donc bien à une inversion totale des valeurs à laquelle on assiste lorsque l’extrême droite se pose en victime dans cette affaire, et ce d’autant que les chiffres sont imparables : invariablement, depuis des décennies, c’est elle qui tue le plus, souvent pour des motifs racistes, à tel point que c’est une source de préoccupation pour la DGSI. Qu’une telle manifestation ait pu être autorisée dans la « capitale de la Résistance », qui abritait aussi le QG du criminel contre l’humanité Klaus Barbie, pose question, surtout le jour anniversaire de l’exécution du groupe Manouchian dont le leader, Missak, est entré au Panthéon par la volonté d’Emmanuel Macron.

>> Lire aussi l’article de Blanca Dawidowicz : « Mort de Quentin Deranque : à propos d’une récupération politique »

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