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    L'orchestre philharmonique d’Israël, photographié lors de son 70e anniversaire, 24 decembre 2006
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Accueil Enquête

Patriotes pour l’Europe : l’antisémitisme en héritage (1/2)

En 2013, Louis Aliot, alors vice-président du Front national, considérait l’antisémitisme comme le dernier verrou qui retenait le vote pour ce parti. Dix ans plus tard, le Rassemblement national et ses alliés européens des Patriotes pour l'Europe se posent en boucliers des juifs face à l'islam. Un retournement spectaculaire pour des partis dont les rangs comptent encore aujourd'hui des militants néonazis, des députés condamnés pour négationnisme et des dirigeants qui financent des revues apologétiques du IIIe Reich. Entre stratégie de « dédiabolisation » et réalité têtue des faits, anatomie (en deux parties) d'un antisémitisme recyclé.

Le DDV Par Le DDV
22 janvier 2026
dans Enquête
Temps de lecture : 14 min
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Discours de Jordan Bardella, Président du RN, Président du groupe Patriote pour l'Europe, Député européen, à la fête de la victoire des Patriotes pour l'Europe, le 9 juin 2025 (photo Carine Schmitt / Hans Lucas via AFP)

Discours de Jordan Bardella, Président du RN, Président du groupe Patriote pour l'Europe, Député européen, à la fête de la victoire des Patriotes pour l'Europe, le 9 juin 2025 (photo Carine Schmitt / Hans Lucas via AFP)

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Mikaël Faujour, journaliste

Depuis environ 2013, le Rassemblement national n’a cessé de se présenter comme le « bouclier des juifs ». Alors vice-président du Front national, Louis Aliot avançait : « C’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous. Il n’y a que cela. À partir du moment où vous faites sauter ce verrou idéologique, vous libérez le reste1Cité par Valérie Igounet, « Le Front national et le Rassemblement national face à l’antisémitisme », in Histoire politique de l’antisémitisme en France, Paris, Robert Laffont, 2024.. » L’apparente rupture avec l’antisémitisme de Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national et père de la présidente actuelle du groupe RN à l’Assemblée nationale, ressemble à celles que le parti a adopté à l’endroit des femmes et des homosexuels. Elle consiste à faire porter le monopole de l’infamie – antisémite, homophobe, machiste et misogyne – sur les étrangers et les musulmans. Cela semble avoir fonctionné avec l’électorat gay et féminin ; quant aux appels du pied en direction des citoyens juifs, ils ne sont pas restés sans réponse. Effet de sa « dédiabolisation », le parti, fondé par d’anciens collaborationnistes, membres de l’OAS et autres néonazis, serait devenu respectable.

Cette stratégie de communication, purement déclarative, vise à détourner l’accusation d’antisémitisme – pourtant demeuré très présent dans leurs propres rangs – pour l’attribuer aux musulmans. C’est précisément la stratégie qu’ont adoptée les membres de Patriotes pour l’Europe, groupe parlementaire européen que préside Jordan Bardella depuis le 8 juillet 2024. Le RN apporte la majorité des effectifs, avec 29 députés sur les 85 du groupe parlementaire.

Des patriotes douteux

Si plusieurs de ces partis se sont engagés dans cette dynamique de manière particulièrement visible depuis le 7 octobre 2023, leur soutien constant à Israël dans la guerre menée à Gaza peine à cacher un lourd passif en matière d’antisémitisme, qui va de propos favorables au nazisme au soutien de figures néonazies ou de dirigeants collaborationnistes. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, si le nationaliste britannique Nigel Farage avait refusé de s’allier au Rassemblement national lorsque le Royaume-Uni était encore membre de l’Union européenne2Nigel Farage a depuis lors été rattrapé lui aussi par son passé et des propos antisémites et racistes remontant à son adolescence : « « Hitler avait raison » : Nigel Farage en difficulté face aux accusations d’anciens camarades de classe », Huffington Post et AFP, 27 novembre 2025..

Le 30 juin 2024, dans la foulée des élections européennes, est annoncée la fondation du groupe parlementaire Patriotes pour l’Europe en la présence des représentants de ses trois partis fondateurs : le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, pour le Fidesz (deuxième force politique avec 10 députés) ; le Premier ministre tchèque Andrej Babiš, pour le parti ANO (« Oui ! » en tchèque – quatrième force avec 8 députés) ; ainsi que l’ancien ministre de l’Intérieur autrichien Herbert Kickl et l’eurodéputé Harald Vilimsky, pour le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ, 6 députés).

Il ne s’agit, sous une nouvelle appellation et avec de nouveaux intégrants, que de la reconduction d’alliances antérieures. Avec pour principaux partis le Front national, la Ligue du Nord, le Parti de la liberté d’Autriche et le Vlaams Belang, le groupe parlementaire s’est ainsi appelé successivement Europe des nations et des libertés (2015-2019), puis Identité et démocratie (2019-2024, dont font également partie le Fidesz et le parti polonais Droit et justice, PiS – deux partis au pouvoir dans leur pays). Il s’agit donc d’alliances durables, construites autour d’accords stratégiques et philosophiques de fond.

Si certains membres de l’Alliance Patriotes pour l’Europe – en particulier les partis les plus récents – ne sont pas structurés historiquement par l’antisémitisme3Vlaams Belang, le FPÖ et le Front national sont, en effet, les partis « doyens » de cette alliance, dont la plupart ont été constitués bien plus récemment, dont beaucoup au XXIe siècle., le Fidesz, la Ligue du Nord, mais surtout le FPÖ et Vlaams Belang ont un bilan autrement plus lourd, qui rappelle celui du Rassemblement (ex-Front) national.

Le FPÖ, du néonazisme… au soutien à Israël

Contrairement au Fidesz, parti de centre-gauche à sa naissance, qui a progressivement dérivé vers l’extrême droite, le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) est issu d’un parti constitué de nombreux anciens membres du NSDAP (le parti nazi) et a constamment maintenu des liens avec les sympathisants et les acteurs autrichiens du néonazisme. En effet, « nombre de responsables politiques du FPÖ ont eu des accointances avec le nazisme, comme le premier chef de parti, Anton Reinthaller, ou encore son successeur, Friedrich Peter, un ancien membre de la Waffen-SS qui dirigea le parti entre 1958 et 1978 », rapporte The Conversation. Jörg Haider, président du mouvement (1986-2000) et son idéologue en chef, a multiplié les références au nazisme durant toute sa carrière. En 1991, il vantait la « politique de l’emploi bien menée » du IIIe Reich et saluait, en 1995, la mémoire des Waffen-SS, « ces hommes intègres, restés fidèles jusqu’à aujourd’hui à leurs convictions, malgré les vents contraires ». Son lexique même était empreint de références à la langue du Troisième Reich.

La stratégie de « dédiabolisation » à la française fonctionne ainsi avec la même recette en Autriche, jusque dans la dénonciation systématique de l’islam.

Heinz-Christian Strache, président du parti de 2005 à 2019 et vice-chancelier de l’Autriche de 2017 à 2019, est le premier responsable politique en Europe, depuis 1945, à accéder, avec un passé néonazi, au sommet de l’État. Lorsqu’est révélée sa participation, dans les années 1980, à des exercices paramilitaires du groupuscule néonazi Wiking-Jugend (« Jeunesse viking », mouvement fondé par la fille de Heinrich Himmler et interdit par le ministère de l’Intérieur en 1994), il se contente de commenter : « J’étais stupide, jeune et naïf. » Mais, loin d’un égarement de jeunesse, les faits démontrent une continuité : il fréquente la scène d’extrême droite entre 1985 et 1992, assiste en 1989 à une conférence du négationniste David Irving à Vienne et participe, dans les années 1990, à une réunion aux côtés de Horst Rosenkranz et Gerd Honsik, néonazis revendiqués.

Il n’en est pas moins l’artisan d’une réorientation radicale du FPÖ des positions antisémites, antisionistes, pro-arabes de Haider à la prétention de défendre les juifs et de soutenir Israël. La stratégie de « dédiabolisation » à la française fonctionne ainsi avec la même recette en Autriche, jusque dans la dénonciation systématique de l’islam.

Andreas Mölzer, eurodéputé (2004-2014) et ancien conseiller de Haider, publie l’hebdomadaire Zur Zeit, qui continue à proposer à la vente les livres du négationniste David Irving et des textes en faveur de la Waffen-SS. C’est à cet homme, artisan du rapprochement de son parti avec d’autres forces d’extrême droite, que Marine Le Pen rendait visite début 2012, pour soutenir sa candidature à la chancellerie4Le site de ce qui s’appelait encore Front national avait alors notamment publié le texte d’un certain Jacques Rosen, de l’Union des Français juifs, association juive groupusculaire soutenant le FN : « Dans la presse bien-pensante, le FPO est systématiquement présenté comme un parti d’extrêmedroite, et dans certaines publications gauchistes, M. Strache est carrément dépeint comme un néo-nazi. » Et le communiqué du 1er février 2012 de préciser que, dans le programme officiel du parti, « le judaïsme est explicitement mentionné comme faisant partie de l’identité autrichienne et européenne », ou encore que M. Strache avait été invité en Israël à l’invitation de personnalités politiques. Source : « La vérité sur Hans-Christian [sic] Strache », site du Rassemblement national..

Ralliements au nazisme

Strache, pourtant, n’a rien fait durant ses quatorze années à la présidence du FPÖ, ni durant ses deux années à la tête du pays, pour sanctionner les personnalités de son parti liées à la sphère néonazie ou dissoudre les « réseaux bleus », cette galaxie d’associations et fraternités étudiantes nostalgiques du IIIe Reich. Au sujet de ces dernières, Le Monde écrivait en 2012 : « Principal réservoir de cadres du FPÖ, les Burschenschaften (de Bursch, jeune homme) comptent environ 4 000 membres, engagés leur vie durant dans des fraternités dont les noms – Aldania, Vandalia, Gothia, Silesia – cultivent une germanité mythique. L’une d’entre elles, Olympia, est considérée comme proche du néonazisme, mais a su conquérir des positions influentes : par exemple celle occupée par Martin Graf, troisième vice-président du Parlement autrichien, où il a reçu vendredi la délégation du FN. »

Strache, pourtant, n’a rien fait durant ses quatorze années à la présidence du FPÖ, ni durant ses deux années à la tête du pays, pour sanctionner les personnalités de son parti liées à la sphère néonazie.

Lui-même issu de ce « réservoir », Udo Landbauer, tête de liste aux élections provinciales Basse-Autriche, doit renoncer en 2018 à ses mandats après avoir refusé de désavouer un livre trouvé dans les locaux de l’organisation étudiante Germania dont il était membre. Celui-ci prônait le pangermanisme et faisait l’apologie du IIIe Reich. Parmi les chansons de ce recueil, l’une contenait ce vers : « Gebt Gas ihr alten Germanen, wir schaffen die siebte Million »(« Mettez les gaz, vieux Germains, on peut arriver au septième million »).

Jusqu’en 2017 et leur entrée au Parlement autrichien, les membres du FPÖ arboraient souvent un bleuet à leur boutonnière, signe de ralliement à la période nazie. Dans le cadre de leur « dédiabolisation », les élus ont cessé de l’arborer, mais pas les militants, qui continuent de le faire lors des rassemblements politiques. En 2018, plusieurs membres du FPÖ ont été impliqués dans des scandales, comme la présence de symboles néonazis sur les pages de leurs réseaux sociaux ou leur participation à des manifestations extrémistes. À tel point que, signale La Croix, « [d]urant les 18 mois de coalition entre le FPÖ et l’ÖVP de Sebastian Kurz, arrivés au pouvoir fin 2017, les dérapages à caractère xénophobe, homophobe ou néonazi se sont enchaînés à un rythme quasi-hebdomadaire, impliquant des cadres et des membres du FPÖ, qui les a toujours qualifiés de « faits isolés ». » Cette même année, un agent diplomatique autrichien en poste à Tel-Aviv devait être rappelé pour avoir porté un tee-shirt nazi.

L’affaire Die Aula

L’ONG antiraciste autrichienne SOS Mitmensch a documenté le soutien financier et éditorial apporté par le FPÖ à la revue d’extrême droite Die Aula [soit « L’Amphithéâtre », ndr], accusée d’apologie du nazisme. Selon l’ONG, le parti a publié au moins 130 annonces dans ce magazine entre 2008 et 2017, tandis que de nombreux responsables de premier plan du FPÖ, dont Herbert Kickl, y ont contribué ou l’ont soutenu. Selon une enquête de SOS Mitmensch publiée en 2017, « le FPÖ a publié au moins 130 annonces dans l’Aula entre 2008 et 2017, ainsi que 139 contributions, lettres de lecteurs et lettres d’hommage ». Le porte-parole de l’ONG, Alexander Pollak, a conclu : « Sur le plan pénal, l’issue du procès pour apologie du nazisme reste ouverte. Politiquement, le FPÖ s’est rendu coupable de saper les valeurs démocratiques par son soutien intensif à Die Aula d’extrême droite. » L’ONG a relevé que « Kickl, Rosenkranz, Haimbuchner, Kunasek, Vilimsky, Hofer, Landbauer – eux tous et de nombreux autres responsables du FPÖ ont été impliqués de différentes manières dans le système autour du magazine Die Aula sympathisant avec les néonazis ». L’Institut de formation du FPÖ, dirigé par Herbert Kickl, a notamment publié des annonces payantes dans le magazine « même après que [celui-ci] eut insulté des survivants des camps de concentration ». SOS Mitmensch a déposé plainte en décembre 2018 contre le rédacteur en chef de Die Aula avec un dossier de 300 pages documentant comment le magazine « donnait la parole à des néonazis, courtisait des négationnistes de l’Holocauste et diffusait l’antisémitisme ». Le magazine a cessé de paraître en juin 20185Sources : « SOS Mitmensch: « Aula »-Prozess-Fortsetzung: Keine politische Unschuldsvermutung für die FPÖ », OTS.at, 24 novembre 2025 ; « SOS Mitmensch wirft FPÖ Inserate in Zeitschrift Aula vor », Der Standard, 29 août 2017 ; « SOS Mitmensch: FPÖ sitzt bei hochbrisantem Aula-Prozess mit auf der Anklagebank », Presse-Nachrichten.de, 15 septembre 2025..

En décembre 2025, après un procès historique examinant environ 300 articles, l’ancien rédacteur en chef Martin Pfeiffer, également politicien FPÖ, a été condamné à quatre ans de prison ferme pour réengagement national-socialiste, un verdict qualifié d’« historique » par les observateurs6Le 3 décembre 2025, après un procès de quinze jours étalé de septembre à décembre, Martin Pfeiffer, rédacteur en chef de Die Aula de 2005 à 2018 et politicien FPÖ à Graz, a été condamné à l’unanimité par les jurés du tribunal de Graz à quatre ans de prison ferme pour réengagement national-socialiste (paragraphe 3g du Verbotsgesetz, la loi d’interdiction autrichienne). Le verdict, non définitif, porte sur environ 300 articles accusés de propager doctrine raciale et antisémitisme. Selon les experts judiciaires, « l’ensemble de la palette de la pensée national-socialiste » était présent dans le magazine. Le procès a révélé que Die Aulaavait systématiquement présenté des négationnistes de l’Holocauste condamnés comme victimes d’une « justice d’opinion ». Parmi les auteurs de textes condamnés figurent des néonazis notoires comme Karl Richter (membre du Parti national-démocrate, NPD, le plus extrême de l’extrême droite allemande), Günther Deckert et Claus Nordbruch, ainsi que la politicienne FPÖ Susanne Winter. Sources : « « Aula »-Prozess in Graz: 4 Jahre Haft für NS-Wiederbetätigung », Nachrichten.at, 3 décembre 2025 ; « Urteil im Aula-Prozess: Ein historischer Befund und was er bedeutet », Stopptdierechten.at, 10 décembre 2025..

« L’antisémitisme importé »

Si donc M. Strache a déclaré condamner « toutes les formes d’antisémitisme » et visité Israël – notamment en 2010 pour y signer une « Déclaration de Jérusalem » qui dénonce l’islam fondamentaliste comme la « nouvelle menace totalitaire mondiale » –, il use bien d’un double langage, qui ressemble à s’y méprendre à celui que son camp attribue aux musulmans. D’un côté, il dénonce l’antisémitisme comme fait exclusif des musulmans et de la gauche ; de l’autre, son parti et ses membres financent, fréquentent, tolèrent et participent à des organisations et événements négationnistes ou néonazis. Une partialité guère étonnante quand on apprend qu’il a, adolescent, côtoyé l’une des figures éminentes du néonazisme autrichien, à savoir Gottfried Küssel. De l’aveu de ce dernier après sa sortie de prison, Strache avait alors « participé à des actions de campagne électorale pour notre Mouvement Halte aux étrangers. »

Le FPÖ fait coup double : faire oublier l’historique accablant de son camp et faire croire que l’antisémitisme ne serait qu’une importation attribuable aux musulmans et aux étrangers

Son successeur, Herbert Kickl, ministre de l’Intérieur, poursuit cette stratégie. En présentant le FPÖ comme héraut de la lutte contre ce qu’il nomme « l’antisémitisme importé », il fait coup double : faire oublier l’historique accablant de son camp et faire croire que l’antisémitisme ne serait qu’une importation attribuable aux musulmans et aux étrangers. Un comble, alors que des observatoires antifascistes comme Stoppt die Rechten recensent régulièrement des cas de membres ou sympathisants du FPÖ condamnés pour antisémitisme, négationnisme, salut hitlérien – notamment après des meetings de M. Kickl. Sans suites pénales. Il est vrai que le président du FPÖ n’est pas exemplaire. Comme l’écrit Patrick Moreau pour Fondapol, « Kickl utilise également la rhétorique antisémite selon laquelle les Juifs et l’État d’Israël feraient partie de ces puissances cachées. La communauté juive autrichienne est extrêmement hostile à Kickl, hostilité que ce dernier ne s’interdit pas d’utiliser. Ainsi, son slogan antivax « La vaccination rend libre7La référence à l’expression « Arbeit macht frei » (« Le travail rend libre »), qui figurait à l’entrée des camps de concentration nazis, est ici explicite. » s’accompagne du port de l’étoile jaune avec l’inscription « non vacciné ». »

Un lexique du IIIe Reich

En regard d’un tel bilan, The Times of Israel est très euphémistique lorsqu’il évoque, en octobre 2017, au sujet du passé nazi du FPÖ, des « dérapages » : « Le comité Mauthausen, qui représente les déportés et leurs descendants, a dénombré 63 dérapages racistes, extrémistes ou antisémites émanant de ses rangs en seulement un an, entre juin 2018 et juillet 2019. »

Si Herbert Kickl et Harald Vilimsky (actuel député européen) ont condamné le terrorisme anti-israélien du Hamas, si Kickl s’est opposé à un cessez-le-feu à Gaza et si le FPÖ a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël et s’est opposé aux résolutions de l’UE critiquant Israël, cette position n’est que tactique. Elle vise, à travers le concept « d’antisémitisme importé », à dénoncer les musulmans – jamais à combattre un antisémitisme endémique dans la sphère du FPÖ. Ainsi, en 2021-2022, le syndicat des étudiants juifs autrichiens a intenté un procès à Kickl pour des déclarations antisémites lors d’une interview avec l’ORF, l’accusant d’avoir banalisé la Shoah en ne prenant pas ses distances par rapport aux incidents antisémites survenus lors des manifestations contre le pass sanitaire.

Par ailleurs, M. Kickl continue à appliquer, depuis le ministère de l’Intérieur, une politique répressive xénophobe qui rappelle Jörg Haider… jusque dans l’emploi d’un lexique du IIIe Reich. Ainsi, a-t-il parlé de « concentrer » (« Konzentrieren ») les demandeurs d’asile dans des centres adaptés. Dans la sphère politique qui est la sienne, ce terme ne doit rien au hasard. Et, tandis que la police nationale – dont M. Kickl est le chef – persécute illégalement des manifestants antifascistes commémorant la résistance au nazisme, elle escorte le Mouvement identitaire autrichien (IBÖ), qui appelle à la « remigration », corollaire de la théorie du « grand remplacement »8« L’Autriche accusée de laxisme face aux violences d’extrême droite », Mediapart, 4 novembre 2025. La manifestation s’est soldée par 56 interpellations – toutes du côté de ceux qui ont tenté de bloquer l’avancée du cortège..

(À suivre)

  

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