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    Les loups dans la bergerie

    Mario Stasi (photographie Corinne Tapiero)

    La Licra marche sur deux jambes !

    Abbeville, monument au chevalier de La Barre, bas-relief en bronze de Raoul Delhomme, 1907 (Wikipedia)

    Laïcité : le combat sans trêve de la théocratie contre la démocratie

    L'orchestre philharmonique d’Israël, photographié lors de son 70e anniversaire, 24 decembre 2006
© Yeugene / Wikimedia Commons

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Accueil Entretien

Nazila Golestan : « Ce qu’Ali Khamenei inflige aujourd’hui au peuple iranien est d’une ampleur criminelle indescriptible »

Après le mouvement « Femme, Vie, Liberté » en Iran, l’Europe a condamné puis s’est tue. Aucun État n’a nommé l’apartheid sexiste iranien ni agi concrètement. Depuis le soulèvement du 8 janvier 2026, le peuple iranien lutte à nouveau, isolé. Nazila Golestan, franco-iranienne, est productrice et journaliste. Elle témoigne de la situation actuelle en Iran, entre répression féroce et espoirs de renverser la mollarchie.

Le DDV Par Le DDV
27 janvier 2026
dans Entretien
Temps de lecture : 17 min
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Des passants devant une fresque murale représentant le fondateur de la révolution iranienne, l'ayatollah Khomeini, des membres de la milice paramilitaire Bassidj et le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, rue Enqelab-e-Eslami (Révolution islamique) à Téhéran, le 25 janvier 2026 (Photo AP/Vahid Salemi)

Des passants devant une fresque murale représentant le fondateur de la révolution iranienne, l'ayatollah Khomeini, des membres de la milice paramilitaire Bassidj et le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, rue Enqelab-e-Eslami (Révolution islamique) à Téhéran, le 25 janvier 2026 (Photo AP/Vahid Salemi)

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Propos recueillis par Alain Barbanel, journaliste

Selon vos informations, quelle est la situation actuelle en Iran où Internet a été coupé par le régime ? C’est un black-out total ?

Le soir du 8 janvier 2026, le gouvernement iranien a en effet coupé l’ensemble des services de communication, d’Internet aux appels internationaux, et a restreint de manière inédite les communications mobiles ainsi que les SMS nationaux, privant 92 millions de citoyens de l’accès aux services de communication. C’est inédit dans l’histoire du pays.

Cette mesure vise à étouffer les manifestations nationales, à empêcher la diffusion d’informations et à réduire l’attention internationale sur la répression en cours. Les vidéos que nous recevons au compte-gouttes, grâce à nos informateurs en Iran, qui se connectent quelques minutes via Starlink et des VPN puissants, montrent clairement qu’un climat de loi martiale s’est installé dans l’ensemble du pays. La nuit, des forces armées tirent sans relâche dans les rues avec des mitrailleuses lourdes dans une logique de terreur et d’intimidation. Selon nos informations, des forces supplétives venues d’Irak ont également été déployées pour intensifier la répression. Après plusieurs cycles de protestations successifs, les manifestations pacifiques ont, cette fois, été confrontées à une violence d’une brutalité indescriptible de la part du pouvoir. L’une des vidéos transmises à l’organisation Iran Hamava montre des corps abandonnés dans les rues, des images que nous n’avions jamais vues auparavant en Iran.

Ces massacres ont-ils débuté dès le début du soulèvement ?

Dès le deuxième jour, nous avons reçu des vidéos montrant des forces armées attaquant des hôpitaux et tirant à balles réelles sur des blessés. De nombreux blessés ont choisi de rester chez eux, terrorisés à l’idée d’être arrêtés à l’hôpital. Des médecins se sont déplacés à domicile, gratuitement, pour soigner, mais les effectifs étaient insuffisants et l’absence de communication rendait toute coordination presque impossible. Beaucoup sont morts chez eux. À Ispahan, dans un cas rapporté, une famille s’est vu expliquer que, pour récupérer le corps de leur fils, elle devait payer 10 000 euros par balle. Une autre option proposée était de déclarer que la victime était Bassidji1Le Bassidj est une force paramilitaire iranienne fondée en 1979 pour fournir des volontaires dans la guerre Iran-Irak. et qu’elle avait été tuée par des manifestants. La famille a refusé. Leur fils ayant reçu deux balles, on leur aurait demandé 20 000 euros, sans droit à une cérémonie commémorative. Selon nos informations des milliers de personnes ont perdu la vue.

Dans ce contexte de répression sans précédent, les manifestations se poursuivent-elles?

Ce qui frappe profondément, c’est que, même lorsque les familles parviennent à récupérer le corps d’un proche, on entend, devant des foules immenses, des slogans comme « Mort au dictateur » et « Mort à Khamenei ». Personne n’a plus peur de rien ! Nous sommes face à un pouvoir qui se comporte comme l’ennemi de son propre peuple, notamment parce que les manifestants n’ont pas repris les slogans imposés contre l’Amérique ou Israël. Ils n’ont pas crié « Mort à l’Amérique » ni « Mort à Israël ». Au contraire, ils ont crié : « Notre ennemi est ici ; ils mentent en disant que c’est l’Amérique. » Ce qu’Ali Khamenei inflige aujourd’hui au peuple iranien est d’une ampleur criminelle indescriptible.

Ces manifestations s’inscrivent-t-elles dans la continuité de la Révolution de « Femme, Vie, Liberté » qui avait suivi la mort de Mahsa Jîna Amini le 16 septembre 2022 ?

Oui. Ce mouvement, porté par des revendications profondément libérales – dignité, droits, choix, liberté individuelle –, a ébranlé la société iranienne de fond en comble et a gagné en puissance jour après jour. La résistance populaire contre le pouvoir s’est poursuivie sous des formes multiples : concerts publics, manifestations de solidarité avec les femmes, danses et jeux dans l’espace public, interpellations directes des représentants du régime. Pourtant, malgré cette reconquête symbolique de la rue, le port du hijab islamique demeurait imposé dans tous les lieux publics, des écoles et universités aux administrations. En vérité, la bataille de la société dans l’espace public avait été remportée, mais le noyau dur du pouvoir, concentré rue Pasteur, où Ali Khamenei a installé son quartier général, n’a pas infléchi sa politique : il a choisi la rigidité, la coercition et l’escalade.

Personne n’a plus peur de rien ! Nous sommes face à un pouvoir qui se comporte comme l’ennemi de son propre peuple.

La convergence de nombreux facteurs est à l’origine de ce soulèvement présenté, souvent de façon simpliste, par une bonne partie de la presse comme une réaction contre les conditions de vie économique catastrophiques du pays…

C’est beaucoup plus complexe avec une conjugaison de causes internes et de causes externes au pays. La destruction de l’environnement, les morts causées par une pollution atmosphérique devenue mortelle, les pénuries d’eau et d’électricité, et l’inflation écrasante, conséquences directes d’une gouvernance autoritaire et prédatrice, ont décuplé la colère populaire. De même, l’échec des négociations avec les États-Unis a joué, à cet égard, un rôle d’accélérateur : une indignation sans précédent s’est imposée. Washington avait, à plusieurs reprises, ouvert la voie à un dialogue ; le pouvoir iranien a cru pouvoir gagner du temps, comme il l’avait fait sous d’autres administrations américaines, en multipliant les négociations directes et indirectes, en pariant sur un changement d’équilibre politique aux États-Unis, notamment via un basculement du Congrès l’année suivante. Donald Trump avait donné soixante jours à l’Iran pour négocier. Or, au cinquante-neuvième jour, Ali Khamenei est apparu devant les caméras pour, une fois encore, insulter les États-Unis. Dans les médias iraniens, l’opposition de Donald Trump à une attaque militaire a été interprétée comme un signe de faiblesse : ils ont pensé que, puisque Washington ne voulait pas frapper l’Iran comme il l’avait fait en Irak, le régime pourrait encore temporiser, jusqu’à l’arrivée d’un pouvoir américain jugé plus conciliant. C’est dans ce contexte que, le soixantième jour, Israël a attaqué l’Iran. Après douze jours de guerre, une large partie des Iraniens a attribué ce conflit à la politique même de la République islamique, et l’a exprimé publiquement sur différentes tribunes.

Comment a réagi le régime du Guide Suprême ?

Il a opté pour un narratif classique : celui des accusations fabriquées, notamment d’espionnage au profit d’Israël. Les caméras de vidéosurveillance installées dans les rues, initialement pour surveiller les femmes et le port du voile, se sont transformées en instruments dont Israël a pu exploiter les failles. Cela signifie une chose : un pouvoir qui se prétendait puissance régionale dominante menait, en réalité, une guerre silencieuse contre les femmes, tout en se montrant incapable de sécuriser l’État et de contrôler l’information au sein de ses propres structures. Le Mossad, selon de multiples indices, avait infiltré des rouages essentiels ; et, pour manipuler l’opinion, le régime a exécuté des innocents, présentés comme espions. Une question s’est imposée dans la société, avec une force implacable : avons-nous donc accès à une « information de haut niveau » uniquement par vous… et par vos caméras de surveillance ? La colère collective n’a cessé de grandir.

Nazila Golestan (DR)

On évoque souvent les problèmes liés à l’approvisionnement en eau. Que savez-vous à ce sujet ?

Chacun sait, en Iran, que le Corps des Gardiens de la révolution et les réseaux mafieux d’Ali Khamenei se sont enrichis en pillant les biens publics. La « mafia de l’eau », par une politique anarchique de construction de barrages, le forage indiscriminé de puits et, notamment, la destruction des aqueducs, a aggravé une crise déjà profonde. Or la Perse fut longtemps une civilisation maîtresse de l’art de l’eau : créatrice de jardins somptueux, reflets du paradis sur terre dans l’imaginaire zoroastrien, et pionnière, il y a 2 500 ans, des qanâts, ce réseau d’aqueducs souterrains qui rendait cultivables les terres les plus arides en captant l’eau des nappes. C’est cette intelligence hydraulique que le régime a méthodiquement saccagée, plongeant le pays dans une crise hydrique grave.

Le feu de cette révolution finira par atteindre les racines d’un pouvoir religieux devenu, aux yeux de la société, non seulement illégitime, mais inhumain.

Le régime a aussi détruit forêts et plaines au nom de projets immobiliers dépourvus de rationalité, en menant des politiques alimentées par le terrorisme et en entretenant une hostilité structurelle envers les États-Unis, Israël et l’occident. Ce pays riche a condamné son peuple à la pauvreté, la misère, la répression, les exécutions, et la mort. L’ensemble de ces pratiques constitue des indices flagrants d’un crime contre l’humanité, commis sous l’autorité d’Ali Khamenei. Et suite à une explosion de l’inflation, le bazar de Téhéran, pouls économique et thermomètre politique de la société, a annoncé la grève. C’est ainsi que le pays s’est soulevé. Femmes et hommes, de tous âges, se sont unis pacifiquement pour reprendre le contrôle des rues. En réaction, et dans une logique de légitime défense face à un appareil mortifère, des citoyens ont incendié à mains nues des bases militaires, symboles de la répression et des massacres. Le feu de cette révolution finira par atteindre les racines d’un pouvoir religieux devenu, aux yeux de la société, non seulement illégitime, mais inhumain.

L’enjeu géopolitique d’une démocratie laïque ne joue pas forcément en faveur de la rue iranienne dans un contexte régional et international particulièrement complexe et tendu.

D’un point de vue géopolitique, l’Iran occupe une place centrale dans l’architecture régionale et mondiale. Par sa géographie, il se situe à la jonction de plusieurs espaces stratégiques : au nord, la Russie et le Caucase ; à l’est, l’Asie centrale, l’Afghanistan, le Pakistan et, plus loin, la Chine ; à l’ouest, le Moyen-Orient et, au-delà, l’Europe ; au sud, le Golfe persique et les routes maritimes qui relient ensuite l’Afrique et les Amériques. Historiquement, l’Iran a souvent été perçu comme un pont entre l’Orient et l’Occident, une charnière plus qu’une périphérie.

Cette configuration confère à l’Iran une importance stratégique majeure. Malgré les changements de régime, les périodes de famine, les guerres, les crises et les attentats, l’Iran a, fait rare dans la région, conservé son intégrité territoriale et une continuité étatique forte. Cette permanence nourrit à la fois sa résilience interne et l’obsession qu’il suscite chez ses voisins.

Mais au XXIe siècle, cette centralité ne joue pas en faveur du peuple iranien : elle l’expose. Dans la région, presque aucun acteur n’est véritablement « ami » de l’émergence d’un Iran démocratique. Car chacun sait que la victoire du peuple iranien sur un régime autoritaire et théocratique ouvrirait la voie à une démocratie laïque, et qu’une telle transformation aurait un effet de miroir dangereux pour les pouvoirs autoritaires alentour.

Autrement dit, l’Iran est observé comme un laboratoire politique. Le jour où une démocratie laïque s’installe à Téhéran, de la Russie au nord jusqu’à l’Afghanistan, au Pakistan et à la Chine à l’est, et jusqu’aux pays du Golfe Persique à l’ouest et au sud, de nombreux régimes seraient confrontés à un risque immédiat : la mobilisation de leurs sociétés civiles, inspirées par l’exemple iranien et renforcées dans leurs propres revendications démocratiques.

Autrement dit, les États théocratiques ont tout à craindre d’un renversement des mollahs au profit d’une démocratie laïque ?

Certainement. Paradoxalement, une République islamique affaiblie, contrainte à des ajustements tactiques, parfois secouée par des tensions internes, affaiblie politiquement et militairement, peut servir les intérêts de plusieurs gouvernements autoritaires de cette partie du monde : elle permet de contenir l’onde de choc démocratique, tout en maintenant l’Iran dans un état de crise permanente qui neutralise sa capacité de projection positive. Cette réalité géopolitique fait des manifestations pro-démocratie en Iran non seulement un combat intérieur, mais aussi un enjeu régional dont beaucoup cherchent à contrôler l’issue.

Un message limpide a été adressé aux démocraties occidentales : votre allié naturel, c’est le peuple iranien, pas le régime.

Le peuple iranien est l’un des plus instruits et des plus modernes de cette partie du monde. Depuis l’avènement d’Internet, un pont de communication politique et stratégique s’est tissé entre la société iranienne et le monde démocratique. Lors des grandes mobilisations de la fin des années 2018, lorsque la rue a scandé face aux mollahs : « Notre ennemi est ici, ils mentent en disant que c’est l’Amérique », lorsque des étudiants ont refusé de piétiner les drapeaux israélien et américain, lorsque les Iraniens ont crié : « Ni Gaza ni le Liban, je sacrifierai ma vie pour l’Iran », un message limpide a été adressé aux démocraties occidentales : votre allié naturel, c’est le peuple iranien, pas le régime.

Que peut attendre le peuple iranien des pressions exercées par les États-Unis et l’Occident. Sont-elles de nature à faire basculer la mollarchie ou à la maintenir au pouvoir aux conditions imposées par Donald Trump ?

Après le mouvement Femme, Vie, Liberté, des liens étroits se sont renforcés entre le peuple iranien et les peuples d’Europe et d’Amérique. Une page s’est tournée : les gouvernements européens et américains ne peuvent plus durablement fermer les yeux, ni accorder du temps à un pouvoir dont la survie repose sur la répression et le crime.

Désormais, le plus grand espoir du peuple iranien réside dans cette convergence avec l’Occident. Comme l’a déclaré le secrétaire d’État américain Marco Rubio : « Je ne connais aucun pays où l’écart entre le peuple et ceux qui le gouvernent soit aussi grand. » En France, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, à l’Assemblée nationale, a défendu avec force le peuple iranien devant les parlementaires ; au niveau européen, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a exprimé son soutien aux aspirations démocratiques des Iraniens, et ce n’est qu’un début.

Le centre de gravité de la décision se trouve à Washington : quand, comment et selon quelle stratégie mettre fin au cœur du système à Téhéran demeure l’objet de spéculations. Mais ce qui est déjà irréversible, c’est l’amitié et le lien profond qui unissent le peuple iranien et les peuples d’Occident. Ce lien repose sur des valeurs universelles, l’humanisme, la laïcité, la démocratie et l’État de droit, et il est désormais indestructible.

Quelle est la cartographie de l’opposition iranienne ? Comment peut-elle dans ce contexte jouer un rôle dans le renversement du régime. Est-ce envisageable à ce stade ?

La société politique iranienne est profondément pluraliste et c’est précisément ce qui fait sa force, mais aussi sa complexité. À l’Université de Téhéran, on a entendu le slogan « Javid Shah » ; ailleurs, on a entendu « Mort au tyran qu’il soit roi ou Guide ». Pourtant, au-delà des clivages, un socle commun s’est imposé dans tout le pays autour de quelques slogans centraux : « Nous ne voulons pas de République islamique », « Mort au dictateur », « Cette année est l’année du sang : Seyyed Ali Khamenei sera renversé », « De Saqqez à Zahedan, je donne ma vie pour l’Iran ». Une partie importante de la société aspire à une République laïque. Et au sein même de ce camp républicain, il existe des sensibilités diverses de droite comme de gauche mais toutes se rejoignent sur une conviction : l’objectif final est une démocratie laïque, une démocratie séculière.

La rue scande le nom du prince héritier Reza Pahlavi ? Est-ce une alternative plausible au régime, ou seulement transitoire ?

En effet, une partie de la société revendique le retour d’un système monarchique et se rassemble autour d’un slogan unique : « Javid Shah ». Pour ces citoyens, il ne s’agit pas seulement d’une préférence institutionnelle à soumettre à un futur vote : ils considèrent déjà le prince héritier comme leur souverain, sans attendre la tenue d’élections ni une reconnaissance parlementaire. Dans ce contexte, le prince Reza Pahlavi s’est présenté comme le leader de la période de transition et, grâce à des appareils médiatiques installés à l’étranger, il a réussi à convaincre une partie de l’opinion qu’il n’existerait aucune autre alternative à la République islamique, qu’il serait, à lui seul, l’unique option crédible et l’unique leadership pour la transition.

Une partie importante de la société aspire à une République laïque. Et au sein même de ce camp républicain, il existe des sensibilités diverses de droite comme de gauche mais toutes se rejoignent sur une conviction : l’objectif final est une démocratie laïque, une démocratie séculière.

Mais la réalité politique est plus vaste, et plus décisive. Le jour où Ali Khamenei sera écarté, et, dans le meilleur scénario, où la Constitution de la République islamique sera dissoute, une période de transition s’ouvrira. Or, dans cette période, de nombreuses personnalités politiques majeures, aujourd’hui emprisonnées, seront libérées. Et c’est précisément à l’intérieur de l’Iran qu’une structure de coalition nationale, un cadre collectif et transversal, sera indispensable pour administrer le passage vers des élections libres, garantir un minimum de stabilité et empêcher qu’une transition historique ne soit capturée par un seul homme, un seul courant ou un seul récit.

Mais faites-vous confiance à la Maison Blanche dans l’avènement de ce processus démocratique ?

La politique de Washington à l’égard de Téhéran est souvent en contradiction avec ce que l’on entend dans certains médias en France. Le Bureau ovale raisonne en termes d’architecture régionale : pour mettre en œuvre un plan de paix et installer un nouvel ordre au Moyen-Orient, les États-Unis estiment devoir garantir la sécurité et la stabilité de leur allié principal, Israël, et intégrer dans cette équation leurs nouveaux partenaires, les États arabes de la région. Dans cette logique, la clé devient un Iran démocratique, capable d’être un allié stratégique réel, non pas un foyer permanent de crise et de guerre.

C’est dans ce cadre qu’après le soulèvement populaire du 8 janvier, malgré les pressions de certains néo conservateurs républicains et de la droite dure israélienne pour pousser Donald Trump à rencontrer Reza Pahlavi, le président américain a refusé cette option à plusieurs reprises. Dans une interview à Reuters, il a expliqué qu’il ne voulait ni déclencher une guerre totale, ni reproduire l’erreur de « fabriquer » un interlocuteur de l’extérieur, une logique qui rappelle l’épisode de Chalabi en Irak. Il a insisté sur un point : il attendrait de voir qui « émerge » de l’intérieur de l’Iran au moment décisif. Ce terme « émerger » n’est pas neutre : il renvoie à une tradition politique où la légitimité se construit dans l’épreuve, au sein de la société, comme on l’a vu avec Mandela, Václav Havel, Lech Wałęsa, ou même Gandhi. Il faut aussi comprendre pourquoi ce discours trouve un écho aux États-Unis : le locataire de la Maison-Blanche a été élu sur « America First » et sur une doctrine de « paix par la force », précisément parce que les citoyens américains portent encore le coût humain, financier et moral des interventions en Irak et en Afghanistan, des aventures dont les conséquences ont été catastrophiques pour la région.

Face à ces enjeux, une coalition démocratique à l’intérieur du pays est-elle envisageable sans influence extérieure ?

Revenons à un épisode révélateur, qui éclaire la dynamique interne de l’opposition. Le 12 décembre 2025, Khosrow Alikordi, membre du Front national iranien (proche de Chapour Bakhtiar), avocat des droits humains chargé de dossiers de prisonniers politiques, a été tué dans des circonstances suspectes dans son bureau. Ses funérailles à Mashhad ont marqué un moment rare : pour la première fois, des acteurs de tendances différentes, venus de villes différentes, se sont retrouvés côte à côte, scandant des slogans anti-régime tout en criant « Vive l’Iran ». Narges Mohammadi, lauréate du Nobel de la paix, Javad Alikurdi, frère de l’avocat assassiné, Pouran Nazemi et de nombreux autres militants ont été violemment frappés, puis arrêtés, et plusieurs sont encore emprisonnés.

Le peuple iranien a donc poursuivi seul son combat, et, une fois de plus, il a payé le prix fort.

L’image qui se dessine ici, c’est précisément ce que redoute le Guide Suprême : la formation d’une coalition, capable de dépasser les étiquettes, de rassembler, et de produire une légitimité collective. Un tournant, dans une lutte démocratique qui dure depuis un siècle, s’est joué lors de cette cérémonie commémorative à Mashhad. Et, sans aucun doute, après la chute du Guide Suprême et la libération des prisonniers politiques, c’est dans ce type de convergence, transversale, enracinée, pluraliste, qu’une véritable alternative pourra naître et gérer la transition vers une démocratie laïque.

Ce chemin sera long, difficile et semé d’embûches. Et, compte tenu de la géopolitique de l’Iran, il ne pourra pas être parcouru seulement par la force interne : il exigera aussi un soutien cohérent des alliés naturels de la nation iranienne, c’est-à-dire les États démocratiques, non pas pour choisir à la place des Iraniens, mais pour aider une société à conquérir, enfin, le droit de choisir elle-même son destin.

Que peut faire l’Europe ?

Après la naissance du mouvement Femme, Vie, Liberté, les gouvernements des démocraties, notamment en Europe, France comprise, ont condamné les violences du régime et dénoncé son caractère profondément misogyne. Des conférences, des rassemblements et des manifestations ont eu lieu. L’Europe a écouté la société iranienne, l’a applaudie, l’a célébrée… puis l’a, brusquement, reléguée au silence. Aucun gouvernement, pas même les Nations unies, n’a assumé la responsabilité politique de nommer ce système pour ce qu’il est : un ordre fondé sur la ségrégation des femmes, un apartheid sexiste, comparable, dans son principe, à l’apartheid sud-africain. Le peuple iranien a donc poursuivi seul son combat, et, une fois de plus, il a payé le prix fort, dans l’isolement. Une grande partie des dirigeants européens se sont contentés de tweets et de discours.

Face à l’ampleur indescriptible des crimes commis contre le peuple iranien par Ali Khamenei, l’Europe aura-t-elle le courage politique d’adopter des mesures concrètes contre un régime qui est aussi un allié stratégique de la Russie de Vladimir Poutine ? Après la coupure d’Internet, quelles actions opérationnelles la France et l’Europe ont-elles engagées, concrètement, pour protéger le peuple iranien, documenter les crimes, et briser l’impunité ? Réponse : aucune. Un contexte qui m’incite à rappeler ces trois principes fondamentaux : la mémoire du passé nous oblige, le présent nous appelle et l’Histoire nous jugera.


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